L'ABBÉ EDGEW0RT1I EN PRÉSENCE DU ROI
» tacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et » il m'attendrit malgré moi.
» En disant ces mots, il me releva avec bonté et me » fit passer dans son cabinet, afin de m'entretenir plus » à son aise ; car, de sa chambre, tout était entendu. » Ce cabinet avait été pratiqué dans une des tourelles • du Temple , il n'avait ni tapisserie, ni ornements ; » un mauvais poêle de faïence lui tenait lieu de che- » minée, et Ton n'y voyait pour tout meuble qu'une » table et trois chaises de cuir. »
Le Roi lut ensuite son testament tout entier à l'abbé Edgeworth, d'une voix ferme, avec un visage dont l'expression ne s'altérait que lorsqu'il rencontrait des noms qui lui étaient chers. Alors toute sa tendresse se réveillait ; il était obligé de s'arrêter un moment et ses larmes coulaient malgré lui. Son entretien porta ensuite sur la situation de l'Eglise de France, puis sur son procès et enfin sur M. le duc d'Orléans. Le Roi parfaitement instruit en parla sans amertume et avec plus de pitié que de courroux:* Qu'ai-jedonc fait à mon cousin, dit-il, pour qu'il me poursuive ainsi ! Mais pourquoi lui en vouloir ! ah I il est plus à plaindre que moi !... »
Il parlait encore de ce prince dans les mêmes termes, quand un des commissaires entra et le prévint que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put dissimuler son émotion : si l'on ne me permet point de monter chez elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma chambre ? — Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre de la justice que ce sera dans la salle à manger. — Vous avez entendu, répliqua Louis XVI,