DERNIER ENTRETIEN DU ROI AVEC SA FAMILLE
que le décret de la Convention me permet de la voir sans témoin. — Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez en particulier ; on fermera la porte, mais, par le vitrage nous aurons les yeux sur vous. — Faites descendre ma famille. Le Roi entra dans la salle à manger. Ciéry l'y suivit, disposa des chaises, et sur l'ordre du Roi apporta une carafe d'eau et un verre. Comme cette eau était glacée, le Roi lui en fit apporter d'autre craignant que si la Reine en buvait elle ne l'incommodât. Rajouta : • Je crains que la vue de M. de Firmont ne fasse trop de mai à ma famille ; priez-le de ne pas sortir de mon cabinet. »
Cléry, dans son douloureux récit, a retracé cette dernière entrevue. « A huit heures et demie, la porte » s'ouvrit, dit-il: la Reine parut la première, tenant » son fils par la main; ensuite Madame Royale et § Madame Elisabeth; tous se précipitèrent dans les » bras du Roi. Un morne silence régna pendant quel- » ques minutes et ne fut interrompu que par des san- » glots. La Reine fit un mouvement pour entraîner » Sa Majesté dans sa chambre. « Non, dit le Roi, » passons dans cette salle, je ne puis vous voir que » là. » Ils y entrèrent, et j'en fermai la porte, qui était » en vitrage. Le Roi s'assit, la Reine à sa gauche, » Madame Elisabeth à sa droite , Madame Royale • presque en face, et le jeune prince resta debout » entre les jambes du Roi; tous étaient penchés vers » lui et le tenaient souvent embrassés. Cette scène de » douleur dura sept quarts d'heure, pendant lesquels » il fut impossible de rien entendre : on voyait seu- » lement qu'à chaque phrase du Roi, les sanglots des » Princesses redoublaient durant quelques minutes et » qu'ensuite le Roi recommençait à parler. »