TOULA N ET LEPITRE REVIENNENT AU TEMPLE
à la porte de la chambre de la Reine. Madame Elisabeth ouvrit. « Que voulez-vous? » lui dit-elle. — « Savoir » pourquoi vous parlez si tard? »— « De grâce, répliqua » la princesse, laissez-nous pleurer en paix » (1). Désarmée par le ton angélique de cette voix» l'espionne se retira et renvoya les commissaires. Madame Elisabeth étendit ensuite un de ses matelats par terre, et reposa quelques heures ainsi auprès du lit de la Heine.
Madame Royale ajoute avec une simplicité touchante : « Le chagrin augmenta heureusement ma » maladie, au point de faire une diversion favorable » au désespoir de ma mère ! » Les jours suivants, la Commune apporta une sorte d'adoucissement dans Je traitement des prisonnières, t Nous eûmes un peu » de liberté, dit Madame Royale ; les gardes croyaient » qu'on allait nous renvoyer. Mais rien n'était ca » pable de calmer les angoisses de ma mère. On ne » pouvait faire entrer aucune espérance dans son » cœur. 11 lui était devenu indifférent de vivre ou de » mourir. Elle nous regardait quelquefois avec une » pitié qui faisait tressaillir. »
La croyance générale était alors que la famille de Louis XVI ne tarderait pas à être conduite hors de France. La surveillance diminuait et les municipaux éloignés du Temple pour s'être montrés respectueux et sympathiques, reprirent leur service à Ja Tour. Parmi ces officiers se trouvaient un jeune homme appelé Toulan, républicain sincère, mais honnête et bon, et un professeur de l'Université de Paris, Lepître, excellent homme dont le dévouement égalait celui de
(i) Beaucbesne. Vie de Madame Elisabeth.