LA ROMANCE DU TEMPLE. — MARS
Toulan. Lepître a longtemps survécu à ces temps malheureux et a fourni aux premiers historiens du Temple (1) des détails intéressants sur cette période de calme éphémère dans la vie des captives. « JHap- » portais à la Reine, à Madame Elisabeth, les jour- » naux, les brochures, a-t-il raconté, qui avaient paru t> au moment de la mort du Roi. J'aurais voulu parh venir à arracher la malheureuse Reine à l'état de » morne désespoir où elle demeurait plongée ! » Lepître donnait furtivement des leçons aux enfants. Il composa pour eux une pièce de vers que Mme Cléry mit en musique (2). Dans ces jours désolés, la poésie était une sorte de soulagement. La France n'avait plus de gais refrains ; mais de son deuil était née la complainte, le cantique de douleur, la romance aux tristes accents, aux notes mélancoliques. Celle que le bon professeur du Temple apprit aux enfants de Louis XVI avait plusieurs couplets. Le dernier était adressé à Madame Elisabeth, au nom du Dauphin.
Et toi, dont les soins, la tendresse Ont adouci tant de malheurs, Ta récompense est dans les cœurs Que tu formes à la sagesse....
Ah! s ..uvieuâ-loi des derniers vœux ■ Qu'en mourant exprima ton frère !
Reste toujours près de ma mère, Et ses enfants en auront deux!
Madame Royale chanta ces paroles, et sa voix, fraîche et harmonieuse, attira les commissaires de ser-
t) Beauchesue, II.
(2) Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au Temple depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793, n-8°, Paris, Nicolle, 1814.