PROCLAMATION DE LOUIS XVII
» Il n'oubliait personne de ceux qu'il aimait et joua si » bien son rôle qu'on ne pouvait se douter qu'il m'eût
» parlé. » (\)
Le pauvre enfant avait été reconnu roi de France, sous le nom de Louis XVII, le 27 janvier, dès que les Français émigrés avaient élé instruits, par le comle de Provence, de la mort de Louis XVI. Nous n'avons pas à reproduire ici l'imposante proclamation adressée à la France, à cette occasion, par les Princes, et signée par les maréchaux de Broglie et de Castries. Cette nouvelle, répandue aussitôt dans le pays entier, produisit un grand effet. Les captives paraissent en avoir été informées les premières et en avoir ressenti une vive émotion (2). Peut-être eurent-elles l'imprudence de Caire passer Louis XVII le premier, en allant s'asseoir au repas de famille. Cette action, jointe à la place qu'elles lui firent prendre, fut observée par le municipal de service et devint plus tard une des charges des deux procès.
Les royalistes de J'aris s'ciîVayaient trop justement de la fureur causée au parti jacobin par la proclamation de Louis XV1L Ils crurent, à cette époque, le moment venu de tenter de faire évader les captifs du Temple. En effet, diverses circonstances semblaient favorables à leur projet. A la fin de février 4793, presque tous les municipaux de service au Temple étaient disposés à la fuite de la famille royale. Ses malheurs leur inspiraient une pitié sincère. Toulan, Michonis , Lepitre, trois autres officiers, quelques
(1) Récit de .Mile Piou à M™» la duchesse de Tourzel. Mém. t. II.
(2) Billet de Madame Elisabeth à Monsieur ^fin de mars 1793). Coll. F. de Concties, p. 437.
398 PROJET d'évasion de la famille royale.
subalternes, les trois aides de cuisine, nouèrent des relations actives avec un homme dévoué à la cause royale, M. de Jarjayes, maréchal de camp, dont la femme avait été au service de la Reine. Jarjayes se chargea de diriger le plan hors du Temple ; Toulan à l'intérieur. En quelques jours, tout fut préparé. L'espionnage des Tison était déjoué, le détestable Simon écarté. Le conseil de la Commune, repu par la mort de Louis XVI et absorbé par les opérations militaires, se reposait sur les verroux du Temple.
Le 8 mars avait été choisi pour le jour de la fuite. La Reine et Madame Elisabeth devaient s'évader sous des habits d'hommes. Les enfants passeraient pour les apprentis d'un allumeur de réverbères, qui amenait chaque jour deux petits garçons au Temple pour arranger les quinquets. Toulan se chargeait de les faire sortir, et de les mener au coin du boulevard rejoindre M. de Jarjayes et les Princesses. La Reine et le Dauphin monteraient ensuite dans un cabriolet conduit par M. de Jarjayes ; Madame Royale, dans une autre voiture menée par Lepitre ; Madame Elisabeth, dans une troisième dirigée par Toulan. Lepitre était muni des passeports nécessaires ; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur départ. Une forte somme d'argent était réunie, et l'on devait gagner les côtes de Normandie, où Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre, un bateau se tenant à sa disposition sur un point convenu, près du Havre.
Le 7, au matin, Madame Elisabeth priait dans sa chambre, distraite cette fois par l'espérance, quand