‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 233 sur 284 · LA REINE REFUSE DE QUITTER SES ENFANTS · texte numérisé non relu

LA REINE REFUSE DE QUITTER SES ENFANTS

» cet enfant soit heureux, » disait la Reine en montrant le Dauphin. - II lésera, ma sœur, » répondit Madame Elisabeth. La Reine soupira et reprit : « Toute jeu- » nesse est courte comme toute joie ; on en finit avec » le bonheur comme avec toute chose • Puis, se levant, elle fît quelques pas dans sa chambre en disant : <c Et vous, ma bonne sœur... quand et comment » vous reverrai- je ?. . . Ah ! c'est impossible. . . c'est » impossible ! . . » Et le lendemain la Reine renonçait à fuir et quand Toulan parvint à pénétrer dans le cachot et à échanger quelques paroles, elle lui disait : « Vous allez m'en vouloir, mais j'ai réfléchi ; il n'y a » ici que danger ; mieux vaut mort que remords. » •> Elle trouva moyen d'ajouter ces paroles, dont se souvenait encore Toulan en montant sur l'échafaud, le 30 juin 1794 : « Je mourrai malheureuse, si je n'ai » pu vous prouver ma gratitude. * Il lui répondit : « Et moi, Madame, malheureux, si je n'ai pu vous » montrer mon dévouement. » (1)

Dans une lettre adressée à M. de Jarjayes, la Reine disait à cette occasion : c Quelque bonheur que j'eusse » éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à » me séparer de mon fils. Je ne pourrais jouir de » rien sans mes enfants, et cette idée ne me laisse pas » même un regret. »

Le projet d'évasion de mars s'évanouit ainsi devant la séparation. Il n'en resta que quelques souvenirs, et des lettres de la Reine et de Madame Elisabeth à Monsieur et au comte d'Artois, que M. de Jarjayes leur fit parvenir au mois de mai.

(1) Récit de Toulan.

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