‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 241 sur 284 · LE DAUPHIN ARRACHÉ A SA MÈKE · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN ARRACHÉ A SA MÈKE

depuis le 14 juin, la jeune fllle venait de commencer la lecture des prières d'une Semaine sainte, envoyée à Madame Elisabeth durant la quinzaine de Pâques. Dix heures sonnaient quand des bruits de pas retentirent» quand les portes s'ouvrirent, laissant entrer six. commissaires, qui entourent la Reine. Un d'eux prend la parole : « Nous venons vous notifier, lui dit- il, Tordre du comité de Salut public portant que le fils de Capet sera séparé de sa mère et de sa famille I » La Reine, à ces mots, se lève et, pâle, tremblante de frayeur, elle s'écrie : t M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas possible ! • Madame Royale, debout près de sa mère, semblait repousser avec elle un ordre si dur ; Madame Elisabeth, le cœur serré, muette et immobile, les mains étendues sur le livre saint, paraissait prendre Dieu à témoin de l'impossibilité d'une pareille cruauté (4).

Un siècle va s'écouler depuis cette scène, sans en atténuer l'horreur. Les murs qui en furent témoins ont été renversés ; des générations se sont succédé et les paroles désespérées de Marie-Antoinette tombent encore aussi navrantes sur nos cœurs. « Messieurs, » la Commune ne peut songer à me séparer de mon » fils ! Il est si jeune, il est si faible, mes soins lui » sont si nécessaires !» « Le Comité a pris cet arrêté répond le municipal ; la Convention a ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate !» — « Mais je ne pourrai jamais me résigner » à cette séparation ; au nom du ciel ! n'exigez pas » cette épreuve ! » Les larmes de Madame Royale se mêlaient aux gémissements de sa mère. Madame Eli-

(1) Beaucbesne. Vie de Madame Elisabeth.

Page 1