‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 242 sur 284 · DÉSESPOIR DE LA REINE · texte numérisé non relu

DÉSESPOIR DE LA REINE

sabeth s'élança vers le lit du Dauphin et, les mains jointes vers les bourreaux, s'écria : « Au nom de ce » que vous aimez le plus au monde; au nom de vos ■ femmes, au nom de vos enfants, n'enlevez pas à » cette mère le fils qu'elle chérit ! • Inutiles prières. « — Vos criailleries, ne servent à rien, répondent les » municipaux ; on ne vous le tuera pas, votre enfant ! » livrez-nous-le de bon gré, où nous saurons nous en » rendre maîtres I »

Les trois pauvres femmes se dressent alors devant le lit ; une lutte s'engage ; le rideau factice qui garantit le sommeil de l'enfant se détache et le réveille en tombant sur sa tète. Le Dauphin se jette dans les bras de sa mère en criant : « Maman, maman, ne me » quittez pas ! » Elle le presse dans ses bras, le rassure, se cramponne au pilier du lit et le défend (\ ). « Ne nous » battons pas contre des femmes, dit un des munici- » paux, faisons monter la garde. Ne faites pas cela, » s'écrie Madame Elisabeth, qui avait repris plus de ►» calme. Ce que vous exigez par la force, il faut bien » que nous l'acceptions ; mais ne pouvez-vous nous » donner le temps de respirer. Ne voyez-vous pas » que cet enfant a besoin de sommeil, qu'il ne pour- » rait dormir ailleurs. Demain matin, il vous sera » remis. Laissez-le au moins passer la nuit dans cette » chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous les » soirs ! * Un moment de silence succède à cette prière. La Reine reprend la parole : « Promettez-moi,

(1) Le dernier historien de Louis XVII affirme, sur des documents certains et restés encore inédits, que la Reine fut menacée de mort si elle résistait davantage. (Louis XVII, par R. Chantelauze, ch. VIII, p. 182).

410 H h C0 MM A N D A T ! 0 X S DE LA RKIME A SON FILS.

» dit-elle, qu'il restera dans l'enceinte de la Tour, et » que, chaque jour, il me sera permis de le voir, ne » fût-ce qu'aux heures des repas. — Nous n'avons » pas de comptes à te rendre, répliquent les munici- » paux, et il ne t'appartient pas d'interroger les » intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on t'en- » lève ton enfant, te voilà bien malheureuse ! Les » nôtres vont bien, tous les jours, se faire casser la » tète par les balles des ennemis que tu attires sur t nos frontières î — Mon fils est trop jeune pour » pouvoir encore servir son pays, dit la Reine; mais » j'espère qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier » de lui consacrer sa vie. »

La résistance devenait inutile La Reine, par pitié pour ses enfants éplorés, sentit qu'il fallait obéir. Elle habilla le pauvre enfant. Puis, surmontant son désespoir, refoulant ses larmes et ses sanglots, elle posa ses mains sur les frêles épaules du Dauphin et lui adressa cet adieu suprême : « Mon enfant, nous allons » nous quitter. Souvenez-vous de vos devoirs quand » nous ne serons plus près de vous pour vous lesrap- » peler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vouséprouve, » ni votre mère qui vous aime, ni votre tante, ni votre » sœur qui vous ont donné tant de preuves de ten- » dresse. Soyez sage, patient et honnête, et votre » père vous bénira du haut du Ciel. » Elle l'embrassa ensuite et le poussa vers Madame Elisabeth et vers sa ^œur, qui le serrèrent dans leurs bras. Mais l'enfant revint à sa mère ets'attacha à ses genoux en sanglotant. La Reine le regarda d'un air doux et ferme : € Mon fiis, » il faut obéir ! » Ce calme, succédant à l'agitation terrible des premiers moments, surprit les municipaux.

Page 1