RAPPORT DU CONSEIL DU TEMPLE
« Allons, lu n'as plus, j'espère, «le doctrine à lui y> faire, dit un d'eux ; il faut avouer que tu as fière- » ment abusé de notre patience. — Tu pouvais te » dispenser de lui faire la leçon, dit un autre qui » entraîna violemment l'enfant et sortit avec lui. » Un autre commissaire, témoin silencieux de cette cruelle «cène, s'approcha de la Reine et lui dit avec une sorte de pitié : « Ne vous tourmentez pas ; la nation » est généreuse, elle pourvoira à l'éducation de votre » fils! » Puis tous descendirent et le conseil du Temple rédigea la note suivante pour la Convention : « Le 3 juillet 4793, neuf heures et demie du soir, » nous, commissaires de service, sommes entrés dans » l'appartement de la veuve Capet, à laquelle nous » avons notifié l'arrêté du comité de salut public de » la Convention nationale du 1er du présent, en l'in- » vitant à s'y conformer. Après différentes instances, » la veuve Capet s'est enfin déterminée à nous rey> mettre son fils, qui a été conduit dans l'apparte- » ment désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui » et mis entre les mains du citoyen Simon, qui s'en » est chargé. Nous observons, au surplus, que la » séparation s'est faite avec toute la sensibilité que » l'on devait attendre dans celle circonstance, où les » magistrats du peuple ont eu tous les égards com- * palibles avec la sévérité de leurs fonctions.
» Siyné : Eudes, Gagnant, Arnaud, Véron, Cellier et Devèze. »
Quelle expression pourrait rendre ce qui se passait dans la chambre de la Reine, pendant que ces misérables apposaient leurs noms à cette noie, et que
412 MADAME ELISABETH CUERCHE A CONSOLER LA RLINE.
Simon emportait l'enfant comme une proie, dan» le sinistre logement où devait se flétrir son innocente vie ! Dès que la porte fut fermée, la malheureuse mère, dont l'énergie s'était usée dans la lutte, se roula sur la couche déserle de son fils dans les convulsions du désespoir. Elle cria, sanglota, demanda à Dieu quel était son crime, pour être condamnée à une pareille torture. La voix de Madame Elisabeth lui répondit : t J'ai admiré tout à l'heure la fermeté de votre âme, » et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa grâce. » Maintenant, vis-à-vis de ce Dieu qui nous voit dans » notre épreuve, vous n'aurez pas moins de courage » que vous n'en avez montré vis-à-vis des hommes. » Ne lui demandons pas pourquoi il nous châtie ; il » le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder » ses desseins, acceptons la croix qu'il nous envoie » et n'hésitons pas à la porter. On ne devient pas ♦ l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été le compa- » gnon de ses souffrances. Remettons-nous volontai- » rement entre ses mains et supportons tout en pen- » sant à lui. » (i)
Ces paroles tombèrent sur le cœur brisé de la malheureuse mère comme une rosée bienfaisante (2). Elle ne cessa pas de souffrir, mais son courage se releva ; ses larmes coulèrent avec moins d'amertume. Elle serra sa fille dans ses bras, et, voyant Madame Elisabeth ranger les vêtements du Dauphin et se préparer à les raccommoder encore, elle essaya de 1 imiter. Cette fois, l'énergie des prisonnières suc-
(1) Beaucbesne, d'après des notes inédites.
(2) Beauchesne. Vie de Madame Elisabeth.