‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 25 sur 284 · MON TREUIL, VIE DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

MON TREUIL, VIE DE CAMPAGNE

collections d'insectes. Un page de Madame Elisabeth, Adalbert de Chamissot, raccompagnait souvent chez Le Monnier, et profita si bien des leçons du savant, qu'il devint lui-même assez bon botaniste pour tirer parti de cette science en Allemagne, où il se fixa pendant l'émigration (i).

Le Roi avait décidé que sa sœur ne passerait la nuit à Montreuil que lorsqu'elle aurait atteint sa vingtcinquième année. Pendant plusieurs années, elle obéit ainsi à cette exigence. Docile à l'étiquette de la cour, elle entendait chaque matin la messe dans la chapelle de Versailles, et montait ensuite à cheval ou en voiture pour aller chez elle. Quelquefois, elle s'y rendait à pied. « Notre vie à Montreuil, raconte Mmc de Bom- » belles, était uniforme, pareille à celle que la famille » la plus unie passe dans un château à cent lieues de » Paris. Heures de travail, de promenade, de lecture, » vie isolée ou en commun, tout y était réglé avec » méthode. L'heure du dîner réunissait autour de la » même table la princesse et ses dames. Elle avait » ainsi fixé ses habitudes. Vers le soir, avant l'heure » de retourner à la cour, on se réunissait dans le sa- » Ion et, conformément à l'usage de quelques familles, » nous faisions en commun la prière du soir. » Puis on se remettait en route vers ce palais, dont on était à la fois si loin et si près, et l'on rentrait, non sans regret sans doute, mais le cœur rafraîchi par l'impression d'une journée remplie par le travail et l'amitié, et sanctifiée par la prière.

(1) Le comte Adalbert de Chamissot écrivit aussi en Allemagne le roman appelé Pierre Schlemyl, qui obtint un grard succès.

34 VIE DK MADAME ÉLÎSABETH A MONTREUIL.

La même rectitude se retrouve dans la consigne destinée à maintenir la domesticité du château dans l'ordre le plus sévère, et dans un règlement signé de la main de la princesse, et qui fermait à toute personne étrangère l'accès du jardin, qu'elle fût absente ou présente. Le malheur ou la pauvreté étaient les seuls titres d'entrée ; une sonnette, établie à une petite porte des communs et correspondant avec une sorte de parloir, répondait aux visiteurs nécessiteux. Ceux-là ne manquaient pas ; aussi la possession de Montreuil augmenta-t-elle beaucoup les dépenses de Madame Elisabeth, dont les comptes se trouvèrent notablement chargés à l'article consacré aux pauvres. En les feuilletant, i! est facile de reconnaître une situation souvent embarrassée, et qui devait même imposer certaines privations, si la caisse royale ne venait en aide. « Mais, racontent des témoins, comme il était pénible » à Madame de recourir à la générosité du Roi, elle » avait à s'ingénier pour satisfaire aux continuelles » demandes des voisins pauvres, des malades et des » infirmes. Elle économisait sur ses parures, afin de » pouvoir suivre les dispositions de son cœur. Il lui » en coûtait davantage quand elle devait, pour la » même raison, se refuser des arbres rares pour son » parc, des ornements, des objets d'aï t pour les salons » de son petit palais. Un marchand vint lui offrir un » matin une garniture de cheminée qui lui plaisait, » mais dont il demandait quatre cents livres. « Je ne » le puis, répondit-elle, car avec cette somme je puis » monter quatre petits ménages (4). »

(1) Ferrand. — Beauchesne. — Guénard.

Page 1