‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 253 sur 284 · HÉBERT AU TEMPLE. — 21 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

HÉBERT AU TEMPLE. — 21 SEPTEMBRE

Des nouvelles détaillées qui lui furent données de la Reine, l'espoir que Ton avait de la sauver, aidèrent la jeune fille à se rétablir.

A cette époque, les prières que Madame Elisabeth ne se lassait pas d'adresser aux municipaux, les représentations qu'elle faisait parvenir à Simon, réussirent un moment à appeler l'attention de quelques commissaires sur les odieuses leçons imposées au Dauphin. Le municipal Lebeuf blâma ouvertement l'immoralité du précepteur, ayant écouté les chants infâmes qu'il apprenait à l'enfant, mais ses observations furent repoussées avec dédain. Un autre municipal nommé Barelle, maçon de son métier, parut sensible aux supplications de la Princesse. 11 était père et il exprima courageusement au démagogue son indignation sur les blasphèmes qu'il lui avait entendu proférer. A ces représentations, Simon répondit en se plaignant du caractère roide et indocile de son élève, €t ajouta ces sinistres paroles : « Je sais ce que je fais » et ce que j'ai à faire. A ma place, vous iriez plus » vite. » L'intervention de Barelle n'eut d'autre effet que de rendre plus dure la captivité du jeune lloi.

Le 21 septembre, Madame Elisabeth et sa petite compagne virent entrer dans leur prison Hébert (1), substitut du procureur de la Commune, accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers municipaux. 11 venait leur déclarer qu'il était porteur d'un arrêté delà Commune qui ordonnait de resserrer

(1) Jacques-René Hébert, né à Alençon, contrôleur de contremarques au théâtre des Variétés, avant la Révolution. Rédacteur du Père Duchéne et ami de filarat et de Simon. Il avait autrefois subi une condamnation pour vol.

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plus étroitement encore les deux prisonnières, et de leur retirer la personne qui les servait. « Dans toutes les » maisons de détention, leur dit-il, les détenus n'ont » personne pour les servir ; l'exception faite pour » vous offense la justice et la moralité publiques, » l'égalité devant régner dans les prisons comme » partout ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur » d'eau auront seuls le droit d'entrer ici. »

Le substitut du procureur de la Commune fut obéi. Tison, disgracié, fut enfermé dans la tourelle, qui lui servit de prison. A dater de ce jour, les deux recluses firent leurs lits et balayèrent leur chambre ; leur porte ne s'ouvrit plus que pour laisser arriver leurs aliments, elles ne devaient parler à personne. Hélas ! ce silence leur permettait d'entendre plus distinctement les cris du malheureux Dauphin et les vociférations de Simon. Le 34 septembre, une perquisition plus rigoureuse que celle du 22 fut renouvelée chez Madame Elisabeth. On voulait s'assurer que les ordres de la Commune s'exécutaient régulièrement. Les municipaux eurent lieu d'être satisfaits. Non seulement toute délicatesse avait été supprimée dans la nourriture, mais des draps d'écurie, en toile jaune, avaient été substitués aux draps blancs, la faïence remplaçait la porcelaine; l'étain, l'argenterie; la chandelle, la bougie. Un vieux fauteuil de la chambre de la Princesse avait été enlevé. Les deux prisonnières avaient dressé leur chétif couvert : elles dînaient. Une soupière de faïence brune contenait un potage ; à côté, un morceau de bouilli, et une demi bouteille de vin bleu près de deux gobelets d'étain. Chacune avait un morceau de pain noir. Madame Elisabeth supportait

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presque joyeusement ce changement, et ne redoutait les privations que pour sa nièce. € C'est le pain du )> pauvre, lui disait-elle en découpant sa part ; nous » sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en » ont moins encore ! »

Cette visite du 22 septembre est ainsi racontée par un des garçons de cuisine du Temple : « Les commis- » saires nous firent monter le dîner comme à l'ordi- » naire, mais ils ne voulurent pas qu'on dressât leur » table. Ils donnèrent à chacune des princesses une » assiette dans laquelle ils mirent de la soupe avec » un morceau de bœuf, et à côté un morceau de gros » pain ; ils leur remirent une cuillère d'étain, une » fourchette de fer et un couteau à manche de bois » noir ; puis une bouteille de vin de cabaret. Les com- » missaires se firent ensuite servir le dîner qui avait été » préparé une dernière fois pour les prisonnières. » (i )

Ce même jour, quand on enleva dé chez les Princesses l'argenterie et les porcelaines, n'ayant pu en trouver le compte, les municipaux leur reprochèrent sans façon d'en avoir volé. Le délit avait eu lieu, mais c'était à leurs collègues qu'il fallait s'en prendre.

Ainsi passa ce mois de septembre, pendant lequel Marie-Antoinette attendait son sort dans le cachot de la Conciergerie. La Convention était pressée de voir s'ouvrir son procès, effrayée des impatiences de l'implacable Commune. Le 3 octobre, elle rendait le décret suivant :

€ La Convention nationale, sur la proposition d'un » membre, décrète que le tribunal révolutionnaire

(1) Turgy. Fragments historiques.

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