LETTRE DE LA REINE A MADAME ÉL1SABETH
» à tous ceux que je connais, et è vous, ma sœur, en » particulier, de toutes les peines que, sans le vou- » loir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous » mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à » mes tantes et à mes frères et sœurs. J'avais des » amis : l'idée d'en être séparée pour jamais, et leurs » peines, sont un des plus grands regrets que j'em- » porte en mourant. Qu'ils sachent du moins que, » jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux.
» Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette » lettre vous arriver! Pensez toujours à moi. Je vous » embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres » et chers enfants. Mon Dieu ! qu'il est déchirant de » les quitter pour toujours I
» Adieu, adieu ! Je ne veux plus m'occuper que de » mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre » de mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre ; » mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot » et que je le traiterai comme un être absolument » étranger. »
Cettre lettre, confiée à Bault, gardien de la prison, fut remise par lui à Fouquier-Tinville, et saisie, après le jugement de ce dernier, par les trois conventionnels chargés de recueillir ses papiers. Les héritiers du conventionnel Courtois la rendirent à un ami de la famille royale (4).
Madame Elisabeth ne la connut jamais. Dieu ne Ta pas voulu. Déposée entre ses mains, elle lui eût sans
(1) Le 22 février 1815. La lettre de la Reine fut aussitôt communiquée à la Chambre des Députés, par M. Decazes, mmi6tre de la police, et à la Chambre des Paire, par M. lé duc de Richelieu, an milieu des témoignages de la plus vive émotion.