SIMON QUITTE LE TEMPLE
l'amour-propre du maître et, voyant Louis XVII hésiter, il lui ordonna d'obéir. Il pleura et Simon se précipitant sur lui, l'enleva en l'air par les cheveux : « Sacrée vipère, s'écria-t-il , il me prend envie de » t'écraser contre le mur. » M. Naudin courut à l'enfant, l'arracha des bras du geôlier, en criant avec une énergique indignation : « Scélérat ! que vas-tu faire. » La réunion demeura muette devant cette apostrophe inattendue. L'un des municipaux essaya de tourner la chose en plaisanterie. Mais nul cependant n'osa empêcher le courageux vieillard de revenir, ce qu'il fît dès le lendemain. Quelles furent sa surprise et son émotion, lorsqu'au passage d'une chambre dans l'autre, le petit prisonnier l'arrêta par la main, et, lui présentant deux poires qu'il avait reçues la veille pour son goûter, il lui dit avec l'accent du cœur: « Hier, vous m'avez prouvé que vous vous intéressez » à moi, je vous en remercie ; je n'ai que ceci pour » vous en témoigner ma reconnaissance, vous me » feriez bien plaisir de l'accepter ! » Le vieillard prit la main de l'enfant, la serra dans les siennes et ne put lui répondre que par ses larmes (1).
Le 5 janvier 1794 Simon, atteint par un arrêté de la Commune qui interdisait le cumul des fonctions de membre du Conseil général et des emplois salariés par l'Etat, s'empressa de résigner son poste d'instituteur. Cependant, comme son traitement ne lui était pas payé, il ne quitta pas le Temple immédiatement et alla loger quelques jours avec sa femme au-
(1) Récit de Naudin. Voyez Eckard, p. 186, d'après le iveit détaillé de M. Naudin fil*. M. Naudin père mourut en 1300.