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LA CONCIERGERIE

ciergerie que se concentrait lafoule enfiévrée de tuutes les passions du moment. Crieurs, colporteurs, vendeurs de journaux, curieux, juifs, agioteurs, marchands de toute espèce, affluaient à ces portes depuis le matin jusqu'aux heures les plus avancées de la nuit. Ce peuple prenait une physionomie plus sinistre à mesure que Ton approchait de la prison. Malgré l'orage, le nom de Madame Elisabeth avait attiré une foule nombreuse. Les femmes qui s'intitulaient à la Convention, tricoteuses de Robespierre, et autour de l'échafaud, lécheuses de guillotine, attendaient la Princesse pour la huer dans son infortune. A l'arrivée du fiacre, elles se placèrent en haie, et elle eut à subir les insultes dont chaque accusé avait sa part, en pénétrant dans la prison. Celle de la tour du Temple était un palais en comparaison de la Conciergerie. Néanmoins, Madame Elisabeth y entra avec un vague espoir d'y retrouver la Reine. Ayant courbé la tête sous la voûte sombre de la porte, elle vit dans la première pièce un homme assis dans un fauteuil. C'était Richard, concierge, le même qui avait reçu la Reine et dont la femme s'était montrée hu- . m aine et respectueuse envers Marie-Antoinette. Emprisonné ensuite, il venait d'être réintégré dans ses fonctions. On assure que la princesse dit en passant devant lui : « Peut-être vais-je revoir ma sœur. » (1). De cette salle, elle fut conduite dans le greffe, chambre malpropre coupée en deux par des barreaux (2) et y resta jusqu'à dix heures et demie. On la reconduisit

(1) Guénard, d'après des témoins oculaires. (2j Histoire du tribunal réyolutionnaire, tome II.

alors dans la salle du tribunal révolutionnaire, pour y subir un premier interrogatoire.

Un décret de la Convention, daté du 28 germinal an II, attribuait au tribunal révolutionnaire la police de la prison de la Conciergerie et de deux autres maisons d'arrêt. L'accusateur public de ce tribunal était Fouquier-Tinville. Homme de sang, pilier de tripot et de cabaret, adonné aux plus sales débauches, il était placé sur le premier gradin du tribunal. Deux gros cartons lui servaient de pupitres (1). Ce fut lui qui consigna les demandes et les réponses de l'interrogatoire (2), avec l'exactitude et la rapidité incroyable qu'il mettait à son horrible métier :

« Ce jourd'huy, 20 floréal, l'an II de la République » française, une et indivisible, nous, Gabriel Deliège, » vice-président du tribunal révolutionnaire, assisté » d'Anne Ducray, commis greffier du tribunal, et en » présence d'Antoine Quentin-Fouquier, accusateur » public, avons fait amener de la maison d'arrêt, dite » la Conciergerie, la ci-après nommée, à laquelle » nous avons demandé ses noms, surnoms, âge, pro- » fession, pays et demeure.

» A répondu se nommer Elisabeth-Marie Capet, » sœur de Louis Capet, âgée de trente ans, native de » Versailles, département de Seine-et-Oise.

» D. — Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré » contre la société et la liberté du peuple français ?

» R. — J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais » je n'ai jamais désiré que Je bonheur des Français.

\i) Mercier, Le Nouveau Paris.

[2) Doséiers du parquet

» D. — Avez-vous entretenu des correspondances » et intelligences avec les ennemis intérieurs et exté- » rieurs de la République, et notamment avec les » frères de Gapet et les vôtres, et ne leur avez-vous » pas fournis des secours en argent?

» R. — Je n'ai jamais connu que des amis des Fran- » çais ; jamais je n'ai fourni de secours à mes frères, m et depuis le mois d'avril 1792, je n'ai pas reçu de » leurs nouvelles et ne leur ai pas donné des miennes.

») D. — Ne leur avez-vous pas fait passer des dia- » mants ?

» R. — Non.

» D. — Je vous observe que votre réponse n'est » point exacte sur l'article des diamants, attendu qu'il » est notoire que vous avez fait vendre vos diamants » en Hollande et autres pays étrangers, et que vous » en avez fait passer le prix en provenant, par vos » agents, à vos frères, pour les aider à soutenir leur » rébellion contre le peuple français.

» R. — Je dénie le fait, parce qu'il est faux.

»> D. — Je vous observe que, dans le procès qui » eut lieu en novembre 1792, relativement au pré- » tendu vol de diamants fait au ci-devant garde- » meuble, il a été établi et prouvé aux débats, qu'il » avait été distrait une portion des diamants que » vous portiez autrefois ; qu'il a pareillement été » prouvé que le prix en avait été transmis à vos frères » par vos ordres, pourquoi, je vous somme de vous » expliquer catégoriquement sur ces faits.

» R. — J'ignore les vols dont vous venez de parler. » J'étais, à cette époque, au Temple, et je persiste, » au surplus, dans ma précédente dénégation.

» D. — N'avez-vous pas eu connaissance que le » voyage déterminé par votre frère Capet et Marie- » Antoinette, pour Saint-CIoud, à l'époque du 18 avril » 1791, n'avait été imaginé que pour saisir l'occasion » de sortir de France.

» R. — Je n'ai eu connaissance de ce voyage que » par l'intention qu'avait mon frère de prendre l'air, » attendu qu'il n'était pas bien portant.

» D. — Je vous demande, s'il n'est pas vrai, au » contraire, que le voyage n'a été arrêté que par » suite des conseils des différentes personnes qui se » rendaient alors habituellement au ci-devant château » des Tuileries, notamment de Bonnet, ex-évêque de » Glermont et autres prélats et évôques, et vous-même » n'avez-vous pas sollicité le départ de votre frère ?

» R. — Je n'ai point sollicité le départ de de mon frère, » qui n'a été décidé que d'après l'avis des médecins.

» D. — N'est-ce pas pareillement à votre sollicita- » tion, et à celle de Marie- Antoinette, votre belle- » sœur, que Capet, votre frère, a fui de Paris dans la » nuit du 20 au 21 juin 1791.

» R. — J'ai appris dans la journée du 20 que nous » devions tous partir dans la nuit suivante, et je me » suis conformée à cet égard aux ordres de mon frère.

» D. — Le motif de ce voyage n'était-il pas de » sortir de France, et de vous réunir aux émigrés et » autres ennemis du peuple français?

» R. — Jamais mon frère ni moi n'avons eu l'in- » tention de quitter notre pays.

» D. — Je vous observe que cette réponse ne pa- » raît pas exacte, car il est notoire que Bouiiié avait » donné les ordres à différents corps de troupes de se

» trouver à un point convenu pour protéger cette » évasion, de manière de pouvoir vous faire sortir, » ainsi que votre frère et autres, du territoire fran- » çais, et que même tout était préparé à l'abbaye »» d'Orval, située sur le territoire du despote autri- » chien, pour vous recevoir ; et vous observe, au » surplus, que les noms par vous supposés, et votre » frère, ne permettent pas de douter de vos intentions ?

» R. — Mon frère devait aller à Montmédy, et je » ne lui supposais pas d'autre intention.

» D. — Avez-vous connaissance qu'il ait été tenu » des conciliabules secrets cbez Marie-Antoinette, ci- » devant reine de France, lesquels s'appelaient Comité » Autrichien ?

» R. — J'ai parfaitement connaissance qu'il n'y en » a jamais eu.

» D. — Je vous observe qu'il est cependant notoire » que les conciliabules se tenaient de deux jours l'un, » depuis minuit jusqu'à trois heures du matin, et que » même ceux qui y étaient admis, passaient par la » pièce que l'on appelait la galerie aux Tableaux.

» R. — Je n'en ai aucune connaissance.

» D. — N'étiez-vous pas aux Tuileries le 28 février « 1791, 20 juin et 40 août 4792 ?

» R. — J'étais au château les trois jours, et notam- » ment le 10 août 1792, jusqu'au moment où je me » suis rendue avec mon frère à l'Assemblée nationale.

i D . — Ledit jour 28 février n'avez-vous pas eu connais- » sance que le rassemblement des ci-devant marquis, » chevaliers et autres, armés de sabres et de pistolets, » était encore pour favoriser une nouvelle évasion de » votre frère et de toute la famille, et que l'affaire de

» Vincennes, arrivée le même jour, n'avait été ima- » ginée que pour faire diversion ?

» R. — Je n'en ai aucune connaissance.

» D. — Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au » 10 août ?

» R. — Je suis restée dans la chambre de mon » frère, où nous avons veillé.

» D. — Je vous observe, qu'ayant chacun vos » appartements , il parait étrange que vous vous » soyez réunie dans celui de votre frère, et sans » doute que cette réunion avait un motif que je vous » interpelle d'expliquer.

» R. — Je n'avais d'autre motif que celui de me » réunir toujours chez mon frère, lorsqu'il y avait » des mouvements dans Paris.

» D. — Cette même nuit, n'avez- vous pas été avec » Marie-Antoinette dans une salle où étaient des » Suisses occupés à faire des cartouches, et notam- » ment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie » à dix heures du soir ?

» R. — Je n'y ai pas été et n'ai nullement connais- » sance de cette salle.

» D. — Je vous observe que cette réponse n'est » point exacte ; car il est établi dans différents procès » qui ont eu lieu au tribunal du 17 août 1792, que » Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois » dans la nuit trouver les gardes suisses, et que vous » les aviez fait boire, et les aviez engagés à confec- » tionner la fabrication des cartouches dont Marie* » Antoinette en vit mordre plusieurs.

» R. — Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune » connaissance.

» D. — Je vous représente que les faits sont trop » notoires pour ne pas vous rappeler les différentes

circonstances relatives à ceux par vous déniés, et » pour ne pas savoir le motif qui avait déterminé les •) rassemblements de troupes de tous genres qui se » sont trouvées réunies cette même nuit aux Tuile- » ries , pourquoi je vous somme de déclarer si vous » persistez dans vos précédentes dénégations à nier » les motifs de ces rassemblements.

» R. — Je persiste dans mes précédentes dénéga- )> tions, et j'ajoute que je ne connaissais pas de mo- » tifs de rassemblements ; je sais seulement, comme » je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la »> sûreté de Paris , étaient venus avertir mon frère » qu'il y avait du mouvement dans les faubourgs, et »> que, dans ces occasions, la garde nationale se ras- » semblait pour sa sûreté, comme la Constitution le » prescrivait.

» D. — Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas » vous qui avez emmené les enfants ?

» R. — Non, je suis sortie seule.

» D. — Avez-vous un défenseur, ou voulez-vous » en nommer un ?

» R. — Je n'en connais pas.

» De suite, nous lui avons nommé Chauveau de » La Garde pour conseil.

» Lecture faite du présent interrogatoire, a persisté » et a signé avec nous et notre greffier.

» Elisabeth-Marie, A. Q. Fouquier, Deliêge, » Ducroy, greffier. »

Au procès-verbal de ce premier interrogatoire secret, les accusateurs ont joint une pièce qu'ils avaient

préparée dès le 17 floréal, c'est-à-dire trois jours avant la translation de Madame Elisabeth à la Conciergerie, et à laquelle ils attachaient une grande importance.

« Citoyens, disent-ils, nous joignons un extrait du » procès-verbal rédigé par les commissaires de la » Convention nationale, le 10 décembre, première » année de la République française, contenant la dé- » claration qu'Elisabeth Capet a fait parvenir à ses » trères ses diamants t pour payer les troupes qu'ils » entretenaient contre la France.

» Les membres du comité de correspondance, » Signé : Cordier, P. J. Audouin. »

Au dos est écrit : « au citoyen Fouquier, accusateur » public près le tribunal révolutionnaire. »

« 10 décembre, première année républicaine. » Du procès-verbal rédigé le dixième jour de dé- » cembre, Tan premier de la République française, » par les représentants du peuple Prieur (de la » Marne), Bréard, Lecointre, et autres ; en exécution » du décret du même jour, lors de la levée des scellés » apposés sur les papiers du tribunal créé par la loi »> du 17 août, en présence d'un commissaire du pou- » voir exécutif, du citoyen Salmon, administrateur » du département; des ministres des contributions )> publiques et de la justice; des citoyens Dubail, » vice-président dudit tribunal ; Bruslé, greffier de la » première section ; Lavaux, président, et Réal, ac- » cusateur public près la seconde section; ladite levée » des scellés faite par le citoyen Lambert, juge de » paix de la section du Pont-Neuf.

» A été extrait ce qui suit :

» Déclaration du citoyen Pépin, qui constate qu'E- » lisabeth Capet a fait passer à ses frères tous ses »► diamants, pour payer les troupes qu'ils entrete- » naient contre la France.

» Le citoyen Pépin, président de la première sec- » tion dudit tribunal, a dit : que dans l'instruction » du vol du garde-meuble, il a été établi :

» 1° Que le 20 juin, Louis Capet voulant mettre de » côté les diamants et richesses du déposé au garde- » meuble, fît engager l'épouse du sieur de Crécy, » par Thierry, son valet de chambre, à enlever dudit » garde-meuble tous ces objets, et à les cacher dans » une armoire pratiquée dans le mur de son alcôve, » derrière le chevet de son lit, ce qui fut fait ;

» 2° Que vers le môme temps, Madame Elisabeth » envoya à ses frères tous ses diamants au su du Roi, » pour qu'ils empruntassent dessus, ou les vendissent » pour payer les troupes qu'ils entretenaient contre la » France ;

» 3° Que le ci-devant roi avait envoyé à tous ses » ambassadeurs et chargés d'aflaires, dans les cours » de l'Europe, une protestation contre son accepta- » tion de la Constitution ;

» 4° Que le 10 août avant de se retirer à l'assem- » blée nationale, Louis Capet fit cacher tous ses dia- » mants personnels, et a signé ainsi :

» Pépin de Grouhette.

» Le présent extrait certifié conforme à l'original, » lequel est signé par toutes les personnes y dénom- » mées, par nous membres du comité de correspon-

» dance de la Convention nationale, ce 17 floréal, » deuxième année de la république.

» Ledit original déposé au comité.

» Signé : P. J. Audouik, Cordier. »

Cette pièce, qui n'existe plus que dans un recueil devenu rare, a échappé aux historiens de Madame Elisabeth (1). Elle était bien connue à l'époque de la Terreur, et lorsque, quarante ans plus tard, l'affaire de Fieschi amena devant la cour des pairs un des complices de l'assassin appelé Pépin, plusieurs des juges tressaillirent à ce nom, qui leur rappelait une page sanglante du procès de la sœur de Louis XVI (2).

L'interrogatoire s'était prolongé assez avant dans la nuit. Nous devons relever ici deux circonstances qui ont servi de fond à une relation reproduite dans un très petit nombre d'histoires de la révolution, et qui représente Madame Elisabeth comme ayant perdu à ce moment tout son courage, et n'ayant montré qu'un profond abattement. Ce serait d'abord son indifférence lorsque les accusateurs lui demandèrent de désigner un défenseur, ensuite le silence qu'elle garda lorsqu'elle aurait pu solliciter le ministère d'un prêtre. Mais elle ne connaissait pas de magistrats libres de la défendre, et savait qu'elle n'aurait obtenu qu'un prêtre assermenté. Son énergie ne l'abandonna pas un instant dans cette nuit terrible, malgré la fatigue et l'horreur de sa

(1) Mne Guénard, qui donne une partie de l'interrogatoire, n'en parle pas. Beauchesne, qui le cita en entier, Ta également omis.

(2) Souvenirs inédits.

nouvelle situation. Ses réponses sont nettes et fermes, et la signature apposée au bas de chacune des pages de l'interrogatoire est de son écriture ordinaire. De plus, on voit qu'elle s'est refusée à joindre à son nom celui de Gapet, exigé par la Révolution. Enfin, après les courts moments de repos qui lui furent accordés, l'aurore de son dernier jour la trouva sans crainte de la mort comme sans reproche de sa vie.

Aucune relation ne dit dans quelle partie de la Conciergerie Madame Elisabeth fut menée après ce premier interrogatoire. En face de la porte d'entrée de la prison, se trouvait le guichet qui conduisait à la porte des femmes. On sait que les captives étaient soumises à trois régimes : la pistole, la paille ou la souricière. Le premier était une chambre à plusieurs lits, réservée aux riches ; le second, une cellule avec une botte de paille ; le troisième, un réduit infect où les malheureuses qui l'occupaient étaient obligées de se défendre la nuit contre les morsures des rats, et où l'air pénétrait à peine. Mais il fallait avoir été plusieurs jours à la Conciergerie pour être classée. Il est donc probable que Madame Elisabeth fut déposée dans un des deux cabinets, éclairés par des fenêtres donnant dans le greffe, qui servaient à la fois aux guichetiers de garde et aux femmes condamnées à mort. Sortie à une heure du matin de la salle du tribunal révolutionnaire, elle n'eut que peu de temps pour reprendre des forces, en cherchant un sommeil sans cesse troublé par les bruits sinistres de la prison. Un autre détail reste inexpliqué. Par qui Chauveau de La Garde fut-il instruit dans cette même nuit du choix du conseil révolutionnaire? Un individu qu'il ne nomme pas

LE PROCÈS

alla l'instruire, aussitôt après la séance, « qu'il était nommé défenseur de Madame Elisabeth, » et « de la part de la princesse, » qui paraît être restée étrangère à cette démarche. L'intention du conseil était cependant, comme on le verra, d'empêcher la défense, tout en simulant quelque forme de justice. Il y eut donc évidemment, parmi les témoins de l'interrogatoire, quelque personne désireuse de travailler au salut de l'accusée. Chauveau de La Garde ajoute qu'il se rendit, dès le matin du 21 floréal, à la Conciergerie, afin de s'entretenir avec elle de son acte d'accusation. On ne lui permit pas de la voir. Il réclama et parvint jusqu'à Fouquier-Tinville, qui lui répondit : « Vous » ne pouvez la voir aujourd'hui ; rien ne presse, elle » ne sera pas jugée de si tôt. » (1)

Ce fut pourtant dans cette même matinée, sans avoir vu son défenseur, ainsi écarté par un mensonge, que Madame Elisabeth fut traduite devant le tribunal révolutionnaire. Vingt-quatre prisonniers l'accompagnaient. A ceux-là avaient été accordés cinq défenseurs, qui avaient pu s'entendre avec eux dans une certaine mesure et du moins être instruits de l'heure

(1) Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth au tribunal révolutionnaire, par M. Chauveau-Lagarde, avocat, leur défenseur. Paris, Gide, libraire, rue Saint-Marc, N° 20, et Delaunay, libraire, Palais-Royal, galerie de Bois, 1816, p. 51.

LE PROCÈS

de l'audience. Le tribunal siégeait dans la salle de la Liberté, autrefois la grand'chambre du Parlement. L'ancien président Herman était devenu ministre de l'intérieur. Dumas, ami dévoué de Robespierre, dont tous les soirs il faisait l'apologie à la tribune des Jacobins, l'avait remplacé. L'audience était ainsi composée :

René-François Dumas, président (1); Gabriel Déliège, Antoine -Marie Maire, juges ; Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public ; Charles-Adrien Legris, greffier ; les citoyens Trinchart, Laporte, Renaudin, Grenier, Rrocbet, Auvrest, Duplay, Fauvety, Meyère, Prieur, Fiévée, Besnard, Fambert et Desboisseaux, jurés du jugement. En face du tribunal se trouvait un gradin. Madame Elisabeth était placée au haut, pour être mieux vue du public.

Le président Dumas à l'accusée :

Quel est votre nom ?

R. — Elisabeth-Marie de France, sœur de Louis XVI, tante de Louis XVII, votre Roi (2).

D. — Votre âge?

R. — Trente ans.

D. — Où êtes-vous née ?

R. — A Versailles.

D. — Où résidez-vous?

R. — A Paris.

(1) Mis hors la loi ; guillotiné le 10 thermidor.

(2) Cette fière et noble réponse n'eat pas citée au Moniteur, qui dit seulement Elisabeth-Marie. Elle fat distinctement entendue par des témoins qui la rapportèrent à Beaucbesne, et on verra plus loin que le président Dumas ne l'oublia pas. Voy. aussi Ferrand, Eloge funèbre, p. 126. Edition de 1795 (rare).

LE PROCÈS

Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation (l) dont la teneur suit :

« Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public » près le tribunal Révolutionnaire, expose que c'est » à la famille Gapet que le peuple français doit les » maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant » de siècles.

» C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé » le peuple de briser ses chaînes, que toute cette fa- » mille s'est réunie pour le plonger dans un escla- » vage plus cruel encore que celui dont il voulait » sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amon- » celés de Gapet, de la Messaline Antoinette, des deux » frères et d'Elisabeth sont trop connus pour qu'il » soit nécessaire d'en tracer ici le tableau ; ils sont » écrits en caractères de sang dans les annales de la » Révolution ; et les atrocités inouies exercées par » les barbares émigrés, ou les sanguinaires satellites » des despotes, les meurtres, les incendies, les ravages, » enfin les assassinats inconnus aux monstres les plus » féroces, qu'ils commettaient sur le territoire fran- » çais, sont encore commandés par cette détestable » famille, pour livrer de nouveau une grande nation » au despotisme et aux fureurs de quelques individus.

» Elisabeth a partagé tous ces crimes, elle a coo- » péré à toutes ces trames, à tous ces complots for- » més par ses infâmes frères, par la scélérate impu- » dique Antoinette, et toute la horde de conspirateurs » qui s'étaient réunis autour d'eux; elle a été associée » à tous les projets, elle a encouragé tous les assas-

(1) 11 est orthographié selon l'ancien usage dans l'original.

LE PROCÈS

» sins de la patrie, les complots de juillet 1789, la » conspiration du 6 octobre suivant, dont les d'Es- » taing, Villeroy et autres, qui viennent d'être frappés » du glaive de la loi, étaient les agents ; enfin, toute » cette chaîne non interrompue de conspirations, •> pendant quatre ans entiers, ont été suivies et se- » condées de tous les moyens qui étaient au pouvoir » d'Elisabeth. C'est elle qui, au mois de juin 1791, a » fait passer les diamants qui étaient une propriété » nationale à l'infâme d'Artois, son frère, pour le » mettre en état d'exécuter les projets concertés avec » lui et de soudoyer des assassins contre la patrie ; » c'est elle qui entretenait avec son autre frère, de- » venu aujourd'hui l'objet de la dérision et du mépris » des despotes coalisés, chez lesquels il est allé dé- » poser son imbécile et lourde nullité, la correspon- » dance la plus active ; c'est elle qui voulait, par » l'orgueil et le dédain le plus instant, avilir et hu- » milier les hommes libres qui consacraient leur temps » à garder leur tyran ; c'est elle, enfin, qui prodiguait » des soins aux assassins envoyés aux Champs-Elysées » par le despote pour provoquer les braves Marseil- » lais, et qui pansait les blessures qu'ils avaient re- » çues dans leur fuite précipitée. Elisabeth avait mé- » dité, avec Capet et Antoinette, le massacre des » citoyens de Paris dans l'immortelle journée du 10 » août ; elle veillait dans l'espoir d'être témoin de ce »> carnage nocturne ; elle aidait à la barbare Antoinette » à mordre des balles, et encourageait par ses dis- » cours des jeunes personnes que des prêtres fana- » tiques avaient conduites au château pour cette hor- » rible occupation. Enfin, trompée dans l'espoir que

LE PROCÈS. 487

» toute cette horde de conspirateurs avait, que tous » les citoyens se présenteraient pendant la nuit pour » renverser la tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran » et sa femme, et fut attendre, dans le temple de la » souveraineté nationale, que la horde d'esclaves » soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour par- » ricide, eût noyé dans le sang des citoyens de la li- » berté, et lui eût fourni les moyens d'égorger en- » suite ses représentants, au milieu desquels ils »> avaient été chercher un asile.

» Enfin, on Ta vue, depuis le supplice mérité du » plus coupable des tyrans qui ait déshonoré la na- » ture humaine, provoquer le rétablissement de la » tyrannie en prodiguant avec Antoinette, au fils de » Capet, les hommages de la royauté, et les préten- » dus honneurs du trône. »

Le président fait les questions suivantes à l'accusée :

D. — Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet 4789, c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la Cour contre le peuple?

R. — J'étais dans le sein de ma famille ; je n'ai connu aucun des complots dont vous me parlez, et ce sont des événements que j'étais bien loin de prévoir et de seconder.

D. — Lors de la fuite du tyran votre frère à Varennes, ne l'avez-vous pas accompagné ?

R. — Tout m'ordonnait de suivre mon frère, et je me suis fait un devoir dans cette occasion, comme dans tout autre, de ne point le quitter.

D. — N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec Marie-Antoinette, pour

LE PROCÈS

faire répéter à chacun des convives le serment affreux d'exterminer tous les patriotes, pour étouffer la liberté dans sa naissance et rétablir le trône chancelant ?

R. — J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu ; mais je déclare n'en avoir été aucunement instruite, et n'y avoir pris part en aucune manière.

D. — Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie, d'une part, par la notoriété publique, et, de l'autre, par la vraisemblance qui persuade à tout homme sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec Marie- Antoinette, et par les liens du sang, et par ceux de l'amitié la plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en avoir eu communication, et de les avoir favorisées de tout son pouvoir. Vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le serment abominable prêté par les satellites de la Cour, d'assassiner et d'anéantir la liberté dans son principe ; et vous avez également provoqué les outrages sanglants faits aux signes précieux de la liberté, qui ont été foulés aux pieds par tous ses complices ?

R. — - J'ai déjà dit que tous ces faits m'étaient étrangers, je n'y dois point d'autre réponse.

D. — Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?

R. — (Ici Madame Elisabeth reprend d'un ton plus ferme et avec une dignité plus imposante) (1). J'étais au cbàteau, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque temps.

(1) Notes de Chameau de La Garde, p. 55.

LE PROCÈS

D. — N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre frère, et n'avez-vout pas eu avec lui des conférences secrètes, qui vous ont expliqué le but et le motif de tous les mouvements et préparatifs qui se faisaient sous vos yeux ?

R. — J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez ; jamais je ne l'ai quitté ; il avait beaucoup de confiance en moi ; et cependant je n'ai rien remarqué ni dans sa conduite, ni dans ses discours, qui pût m'annoncer ce qui s'est passé depuis.

D. — Votre réponse blesse tout à la fois la vérité et la vraisemblance ; et une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses, ne peut être crue, lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignorât la cause des rassemblements de toute espèce qui se faisaient au château, la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée de vous coucher cette même muit?

R. — Je ne me suis pas couchée, parce que les corps constitués étaient venus faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des habitants de Paris, et des dangers qui pouvaient en résulter.

D. — Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la femme Gapet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et dans ses alarmes du 10 août, sur les jours de Capet, et de tout ce qui pouvait l'intéresser ; mais ce que vous me niez infructueusement, c'est la part active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre les patriotes et les satellites de la tyrannie ; c'est votre zèle et votre

LE PROCÈS

ardeur à servir les ennemis du peuple, et à leur fournir des balles que vous preniez la peine de mâcher, comme devant être dirigées contre les patriotes et destinées à les moissonner ; ce sont les vœux contre le bien public que vous faisiez, pour que la victoire demeurât au pouvoir des partisans de votre frère, et les encouragements en tout genre que vous donniez aux assassins de la patrie. Que répondez-vous à ces derniers faits ?

R. — Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je suis bien loin de m'être souillée.

D. — Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion honteuse du tyran, de la soustraction des diamants dits de la couronne, appartenant alors à la Nation, et ne les avez-vous pas envoyés à votre frère d'Artois ?

R. — Ces diamants n'ont point été envoyés à d'Artois. Je me suis bornée à les déposer entre les mains d'une personne de confiance.

D. — Voudriez-vous nous désigner le dépositaire de ces diamants ou "nous le nommer?

R. — M. de Ghoiseul est celui que j'avais choisi pour faire ce dépôt.

D. — Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul ?

R. — J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant point eu l'occasion de voir M. de Choiseul ; je n'en ai point eu d'inquiétudes, et ne m'en suis nullement occupée.

D. — Vous ne cessez d'en imposer sur toutes interpellations qui vous sont faites, et singulièrement sur

LE PROCÈS

le fait des diamants ; car un procès-verbal du 12 décembre 1792, bien rédigé en connaissance de cause par les représentants du peuple, lors de l'instruction de l'affaire relative au vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que les dits diamants ont été envovés à d'Artois.

(Ici V accusée garde le silence.)

D. — N'avez-vous pas entretenu des correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur ?

R. — Je ne me rappelle pas en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles sont prohibées.

D. — N'avez-vous pas donné des soins, en pansant vous-même les blessures des assassins envoyés par votre frère aux Champs-Elysées, contre les braves Marseillais.

R. — Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui que ce soit ; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs blessures : je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs maux pour m'occuper de leur soulagement ; je ne m'en fais point un mérite, et je n'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime.

D. — Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous parez, avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour les défenseurs de la liberté. Loin de secourir ces derniers, vous provoquiez leur massacre par vos applaudissements ; loin

LE PROCÈS

de désarmer les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les instruments de la mort, à l aide desquels vous vous flattiez, vous et vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie ! Voilà 1 humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié des milliers d'hommes à leurs caprices, à leur ambition, ou à leur cupidité.

L'accusée Elisabeth, dont le plan de défense est de nier tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir qu'elle a bercé le petit Capet de l'espoir de succéder au trône de son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté ?

R. — Je causais familièrement avec cet infortuné qui m'était cher à plus d'un titre, et je lui administrais, sans conséquence, les consolations qui me paraissaient capables de le dédommager de la perte de celui qui lui avait donné le jour.

D. — C'est convenir, en d'autres termes, que vous nourrissiez le petit Capet des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris d'un trône brisé, en l'inondant de tout le sang des patriotes.

Les autres accusés furent ensuite interrogés rapidement. Alors s'éleva du banc de la défense une voix | sur laquelle ne comptaient ni Dumas, ni Fouquier- Tinville, ni Madame Elisabeth. C'était celle de Chauveau de La Garde qui, malgré l'assurance que U procès n'aurait lieu que plus tard, était revenu ai tribunal, cédant à une simple curiosité. « Quelle fut J » ma surprise, a-t-il écrit, lorsque m'étant rendu » au tribunal, j'aperçus Madame Elisabeth, envi-

LE PROCÈS

» ronnée d'une foule d'autres accusés, sur le haut » des gradins, où on l'avait placée tout exprès la » première, pour la mettre plus en évidence !... Quoi- » que le débat n'eût duré qu'un instant, et qu'on » m'eût interdit toute conférence avec elle, je pris la » parole , et voici en substance quelle fut ma plai- » doirie :

» Je fis observer qu'il n'y avait au procès qu'un » protocole banal d'accusation , sans pièces, sans » interrogatoire, sans témoins ; et que par conséquent, » là où il n'existait aucun élément légal de conviction, » il ne saurait y avoir de conviction légale. J'ajoutai » qu'on ne pouvait donc opposer à l'auguste accusée » que ses réponses aux questions qu'on venait de lui » faire, puisque c'était dans ses réponses elles seules » que tous les débats consistaient : mais que ces ré- » ponses elles-mêmes, loin de la condamner, devaient » au contraire l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles » ne prouvaient rien autre chose que la bonté de son » cœur et l'héroïsme de son amitié. »

» Puis, après avoir développé ces premières idées, » je finis en disant : qu'au lieu d'une défense, je » n'aurais plus à présenter pour Madame Elisabeth » que son apologie, mais que, dans l'impuissance » où j'étais d'en trouver une qui fût digne d'elle, il » ne me restait plus qu'une seule observation à faire : » c'est que la Princesse, qui avait été à la cour de » France le plus parfait modèle de toutes les vertus, » ne pouvait pas être l'ennemie des Français. »

Chauveau de La Garde dut s'arrêter. Dumas, hors de lui, dans une fureur inexprimable, l'apostropha en lui reprochant « d'avoir eu l'audace de parler de ce

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» qu'il appelait les prétendues vertus de l'accusée, et » d'avoir ainsi corrompu la morale publique ! » Il » fut aisé de s'apercevoir, ajoute M. Chauveau de » La Garde, que Madame Elisabeth qui, jusqu'alors » était restée calme et comme insensible à ses propres » dangers, fut émue de ceux auxquels je venais de » m'exposer (1). »

Le Moniteur, qui ne fait aucune mention des paroles de M. Chauveau de La Garde, est également muet sur celles des défenseurs accordés aux autres accusés. C'étaient MM. La Fleutrie, Boutrome, Duchâteau, Julienne et Sezille. 11 est probable qu'ils ne purent articuler que des mots insignifiants, quoique le défenseur du comte de Brienne eut des pièces importantes à produire. Le président déclara les débats fermés, fit le résumé du procès, où plutôt des procès, car il y en avait autant que d'accusés, puis il remit au président du jury l'écrit suivant, servant de préambule à une question qui fut uniformément la même pour chacun des accusés :

« Il a existé des complots de conspirations formés » par Capet, sa femme, sa famille, ses agents, ses » complices, par suite desquels des provocations à la » guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à

(1) Le président Dumas proposa ensuite au tribunal défaire arrêter Chanveau de La Garde. On ne l'osa pas encore, parcequ'on voulait avoir l'air de laisser aux défenseurs, tant qu'ils ont existé, la liberté de la défense ; il le fut au mois de juillet suivant, lorsque la loi du 9 juin eut supprimé le ministère des défenseurs ; il se retira à Chartres, sa ville natale, fut conduit le 20 juillet à la Conciergerie, où il demeura prisonnier quarante jours, oublié dans la foule des victimes ; le 9 thermidor lui sauva la vie.

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