‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 28 sur 284 · JACQUES BOSSON · texte numérisé non relu

JACQUES BOSSON

dirigées dans le voisinage de Versailles et de Paris. Les pauvres en profiteraient les premiers, et elle trouverait en même temps, dans la surveillance de cette administration, de quoi satisfaire son goût pour des occupations plus actives et plus sérieuses que celles de la vie de la cour.

C'était alors en Suisse que se trouvaient les meilleures vaches. Madame Elisabeth en fit venir un troupeau, et voulut avoir, pour les garder et en prendre soin, un vacher de leur pays, sur la fidélité duquel elle pût se reposer, « étant avare d'un lait qui appartenait » aux enfants pauvres du pays » (1). Mm* de Diesbach, femme d'un officier suisse, indiqua, comme pouvant remplir les vues de la princesse, un paysan des environs de Bulle, près de Fribourg, nommé Jacques Bosson. Madame Elisabeth le fit venir avec ses parents, et, en lui confiant sa laiterie, lui répéta dans quel but elle l'avait appelé à Montreuil. « Vous vous rappellerez, • me disait Madame, » racontait Jacques, « que ce » lait appartient aux petits enfants: moi-même, je ne » me permettrai d'y goûter que lorsque la distribu- » tion en aura été faite à tous. » Et le bon Suisse ajoutait naïvement : « Oh ! l'excellente dame, non ! la » Suisse ne connaît rien d'aussi parfait (2). »

Cependant le pauvre berger soupirait en recevant ces ordres, et semblait rêveur et triste, en rangeant ses écuelles, en ramenant son troupeau à la fin de la journée, en le sortant au lever du soleil. Sa mélancolie fut remarquée. a Qu'est-ce qui lui prend? disait la naïve

(1) Beaucbesne.

(2) Ferrand. Eloge de Madame Elisabeth, notes communiquées par Mme de Bombelles.

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