CONVERSATION ENTRE ROBESPIERRE ET MARET
tète et se dispersaient en silence. D'autres femmes sanglotaient et frissonnaient. Bientôt il ne resta sur la place du meurtre que les exécuteurs et les gendarmes. Le soleil baissait, et ses derniers rayons jetaient leurs nuances de pourpre et d'or sur le hideux ruisseau, qui portait de l'échafaud à la Seine le sang des vingtquatre victimes.
Il était six heures. La Convention avait, ce jour- là, terminé sa besogne plus tôt que le bourreau. A trois heurBs la séance fut levée (1). Robespierre qui, l'avantveilie, avait prononcé son célèbre discours sur la nécessité d'établir le culte de l'Être suprême, alla dîner avec Barère au Palais-Royal et passa ensuite chez le libraire Maret, où il recueillait souvent des nouvelles et des flatteries. Maret, connu par sa franchise et l'indépendance de son caractère, lui parut sombre et mécontent. Levant sur lui son regard fauve et pénétrant, Robespierre l'interrogea sur ce qu'on disait dans le public. — « Vous voulez le savoir, répliqua » brusquement le libraire : Eh bien, on murmure, on » crie contre vous ! Madame Elisabeth vient de périr, » on demande ce qu'elle vous avait fait, quels étaient » ses crimes, pourquoi vous avez envoyé à l'échafaud » cette innocente et vertueuse personne I » Barère attentif écoutait Maret. — « Vous l'entendez, inter- » rompit Robespierre, c'est toujours moi !... Je vous » atteste, mon cher Maret, que loin d'être l'auteur de » la mort de Madame Elisabeth, j'ai voulu la sauver ;
il) Journal de Perlet. Convention nationale, corps administratifs, etc. Duodi, 22 floréal de l'an II de la République une et indivisible. Dimanche 11 mai (vieux style). Présidence du G. Carnot. N° 596. Séance du 21 floréal.