‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 282 sur 284 · LE CHAMP DU CI1RIST · texte numérisé non relu

LE CHAMP DU CI1RIST

» c'est ce scélérat de Collot-cTHerbois qui me l'a ar- » rachée ! » (1)

Et maintenant, quelle sépulture recevra cette sainte, déjà parée des fleurs de la légende? Réunira- 1- on ses restes à ceux de Louis XVI et de Marie-Antoinette ? Ira-t-elle dormir du sommeil éternel dans cet enclos de la Madeleine de la Ville-rEvêque, sur lequel s'élève le monument expiatoire ? Hélas ! non. Celle qui aimait les pauvres aura le tombeau du dernier des pauvres, elle sera couchée dans la plus infime des sépultures. La serpilière que l'hôpital accorde au mendiant sera même refusée à ses restes. Il faut que l'œuvre du ciel outrepasse la pensée humaine pour accomplir le sacrifice dans sa suprême rigueur.

Dissimulés dans les maisons voisines de la place Louis XV, quelques amis dévoués de la famille royale, des serviteurs de Mœe de Montmorin et la mère du jeune Dubois, attendaient le départ des charrettes dans lesquelles les bourreaux avaient jeté les victimes, pour en suivre les traces sanglantes. Le corps de Madame Elisabeth était étendu dans la dernière, couvert de ses vêtements blancs, comme elle l'avait demandé, sur ceux de ses compagnons. Deux chevaux traînaient la charrette, que la gendarmerie escortait. Le convoi, marchant très lentement, tourna dans la rue des Champs-Elysées, suivit les rues de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne et du Rocher. On s'arrêtait pour le voir passer ; les fenêtress se fermaient à sa vue. Parfois les contrevents entr'ouverts laissaient voir des personnes immobiles et les mains jointes. Le silence

(1) Beauchesne, 1. 1, Avertissement, note, p. 19.

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