LA COUR EN
la valeur des ministres, sur les destinées du pays. Un observateur indépendant aurait pu juger de l'état réel de la France par celui de la cour. Versailles avait dès lors ses dissentiments, ses divisions intestines, ses haines envenimées. Le caractère du roi différait de ceux de ses deux frères, et ne les dominait pas. Sans vouloir peut-être le mal, on se groupait autour de chacun d'eux, en prenant leurs habitudes, en répétant leurs propos, en se donnant pour ainsi dire des mots d'ordre. Il y avait ainsi le parti du roi qui, « simple au milieu des » grandeurs, modéré dans la puissance, sincèrement » dévoué au peuple, ne cherchait qu'à faire le bonheur » des Français (1) . » Venait ensuite un groupe important de politiques et de philosophes distingués, qui mettaient leur espoir dans le comte de Provence, prince instruit, mesuré, favorable aux théories nouvelles et sachant les accorder avec ses intérêts et ses ambitions. La jeune cour lui préférait le comte d'Artois, élégant, agréable, d'un esprit vif et français, à l'humeur enjouée, au cœur ouvert et généreux, mais dont les goûts étaient frivoles, les plaisirs bruyants, la vie fastueuse et dissipée à l'excès. Enfin, à Paris, le duc d'Orléans devenait le chef d'une opposition, dont les racines plongeaient déjàdans les ténébreux détours d'une démagogie criminelle.
La jeune reine, aimable et bonne, était entourée d'une société sympathique au comte d'Artois et ennemie implacable de celle du duc d'Orléans. Madame Elisabeth eût incliné également du côté du comte d'Artois, si elle avait eu moins de circonspection naturelle, si son estime et son respect n'eussent appartenu
(1) Lettre de Mgr Darboy, archevêque de Paris, 19 novembre