‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 34 sur 284 · AGITATION POLITIQUE · texte numérisé non relu

AGITATION POLITIQUE

avant tout au roi. Personne ne connaissait mieux le cœur honnête et droit de Louis XVI, dont elle partageait le patriotisme, avec moins d'abnégation peutêtre, mais avec autant de force et de sincérité. Ainsi disposée, Madame Elisabeth vit d'abord avec calme les réformes s'accomplir, et les idées libérales se propager. L'Etat placé sous l'égide de la monarchie traditionnelle et de l'église catholique lui semblait protégé contre un de ces bouleversements sociaux qui troublent les nations pendant des siècles entiers. D'ailleurs, exempte de toute ambition personnelle, et conservant la sérénité d'une conscience désintéressée, elle ne s'appliquait qu'à connaître ses devoirs de chrétienne et de princesse, et cette connaissance, suffisant à ses raisonnements, en fixait la mesure.

Autour d'elle, ses parents et ses amis étaient moins tranquilles ; leur vivacité l'égayait parfois. Chez Mrae de Mackau, elle se plaisait à entendre attaquer et défendre M. Necker ; à « voir certaines dames s'animer, étendre » leurs bras, se tordre les mains, s'écrier : Eh bien » oui ! je me soumets ! je ne dirai plus rien ! je gar- » derai le silence ! » puis, sortir du salon en frappant les portes à tout rompre. Elle riait franchement lorsque les voix féminines prenaient les tons graves des orateurs, et lorsque la comtesse Diane de Polignac, absorbée par les affaires de la Société , comme on appelait à la cour la coterie de la reine, entrait le front soucieux, la parure négligée, avec l'apparence d'un secrétaire d'État accablé de besogne. Toutefois, ce côté comique d'une situation qui s'aggravait chaque jour cessa promptement de l'amuser. L'inquiétude ne tarda guère à s'emparer de son âme. Dans quelques billets, elle se mon-

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