CHUTE DU MINISTÈRE NECKER
pas, en même temps, prêter la main à ce qu'elle regardait comme un acte de despotisme employé contre des témoignages de liberté naissante. Les députés délibérèrent... Enfin, pour ne pas empiéter sur l'autorité royale, ils se décidèrent à en référer au souverain lui-môme, et à recommander à sa clémence les gardes délivrés. On sait ce qui se passa ensuite, et comment, quelques jours après, le Roi, se voyant ainsi menacé, crut devoir songer à contenir de nouvelles émeutes et à intimider l'Assemblée dominée par des factions révolutionnaires. M. Necker fut renvoyé ; M. d*Breteuil devint premier ministre, le maréchal de Broglie prit le portefeuille de la guerre et le duc de La Vauguyon celui des affaires étrangères.
Madame Elisabeth écrit au commencementde juillet : « Paris a fait du bruit hier ; mais cette nuit tout a » été très tranquille. Il n'y a pas de troubles à l'inté- » rieur. Les Etats-Généraux font toujours des arrêtés » qui n'ont pas le sens commun; cependant, ils deman- » dent avec moins de force le renvoi des troupes (1). » Elle continue le 15 juillet :
« Les nouvelles d'hier sout affreuses!... Je ne sais » pas si le Roi sortira de Versailles ! ... Je ne sais pas ce » que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à » prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du » conseil (2). Peut-être l'éciairera-t-il ?... J'espère que » le mal n'est pas aussi grand que l'on se le figure. Ce » qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles (3). »
(1) A la marquise de Raigecourt, Coll. F. de Conches, 109.
(2) Le maréchal de Broglie, dont la princesse aimait à comparer le caractère à celui du duc de Penthièvre.
(3) A la marquise de Bombelles, Coll. F. de Conches, 110.
COMITÉ TENU CHEZ LE ROI LE 16 JUILLET 1789. 6a
Même jour, le soir :
« Il n'était pas bien sûr hier que M. de Launay fût » pendu : on avait pris dans la journée un autre homme » pour lui... »
Ces extraits de lettres portent l'empreinte de l'effet produit par les journées des 13 et 14 juillet à Versailles. On doit se rappeler que le ministère du 13 juillet, composé du baron deBreteuil, du duc de La Vauguyon, du maréchal duc de Broglie, de MM. de La Porte, de Foulon, de La Galaisière, d'Amecourt, de Villedeuii et de Barentin, avait été accueilli par une émeute et un pillage d'armes aux Invalides. Enfin, le 14, le peuple avait brûlé les barrières et pris la Bastille ; Foulon, Launay et Berthier avaient été assassinés, et leurs têtes promenées dans Paris sur des piques ensanglantées.
Le 16 juillet, un comité eut lieu chez le Roi, pour discuter une grave question. Louis XVI devait-il quitter Versailles et partir avec les troupes dont il venait d'ordonner la retraite au ministre de la guerre, ou se rendre à Paris pour calmer les esprits? Les débats furent longs. Le Roi les termina en se levant et en disant : « Enfin, Messieurs, il faut se décider : dois-je » partir ou rester ? Je suis prêt à l'un comme à l'autre. » La majorité lui conseilla de rester (1 ). Un peu plus tard, Louis XVI rappelait cette scène au comte de Fersen : « Je voulais partir après le 14 juillet; mais comment » faire, quand Monsieur lui-même me priait de ne pas » partir, et que le maréchal de Broglie, qui comman- » dait les troupes, me répondait : « Oui, nous pouvons
(l) Mémoires de Mme Campan.