‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 49 sur 284 · INAUGURATION DE LA MONARCHIE DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

INAUGURATION DE LA MONARCHIE DÉMOCRATIQUE

Versailles accompagné du maréchal de Beauvau, du duc de Villeroy, du duc de Villequier. Dans sa voiture montèrent aussi le comte d'Estaing et le marquis de Nesle, qui avaient alors la faveur populaire. Douze gardes du corps et la garde bourgeoise de Versailles le conduisirent jusqu'au Point-du-Jour, près de Sèvres, où l'attendait la garde parisienne.

Le départ du Roi causa à la Reine et à Madame Elisabeth la plus douloureuse inquiétude. « La Reine, ra- » conte un témoin, s'enferma dans ses petits apparte- » ments avec sa sœur et ses enfants. Elle envoya » chercher des personnes de la cour ; on trouva des » cadenas à leurs portes ! La terreur les avaient éloi- » gnées ! Le silence de la mort régnait dans tout le » palais ; les craintes étaient extrêmes ! (i) »

Le retour du Roi à Versailles rassura enfin sa famille. Il se félicitait devant la Reine, sa sœur et ses enfants, de ce qu'il n'était arrivé aucun accident. Il répéta plusieurs fois : « Heureusement qu'il n'a pas » coulé de sang ! Je jure qu'il n'y aura jamais une » goutte de sang français versé par mon ordre (2). o

Une sorte de monarchie démocratique s'inaugurait ainsi. L'armée était remplacée par la garde nationale, et M. de La Fayette répondait de la situation générale. Ses intentions étaient loyales, mais son esprit était incapable de former un plan et de le suivre. Il agissait à l'aventure, selon les dispositions du jour, et vivait, comme ceux de son opinion, dans une illusion perpétuelle, dans une surexcitation dont il ne sortait

(1) Campan. Mémoires.

(2) Id.

68 DÉPART DE Mmo DE BOMBELLES.

que pour céder à la terreur d'avoir à lutter contre la populace. Celle-ci se soulevait de tous côtés, et le terrible mot d'ordre : « Guerre aux châteaux, paix aux chaumières, » avait déjà pour effet d'incendier les uns et de réduire les autres à la misère.

La comtesse d'Artois et ses deux fils ne tardèrent pas à rejoindre le comte d'Artois à l'étranger. Ils se rendaient à Turin et pressaient Madame Elisabeth de les suivre dans cette ville, où elle eût retrouvé sa sœur. Ces premières émigrations, malgré la gravité des événements, avaient l'apparence de voyages plus ou moins longs, et nul ne croyait, en passant la frontière, tarder beaucoup à la revoir. Madame Elisabeth refusa cette proposition. Déjà elle se sentait déterminée à partager le destin du Roi, à ne le quitter que sur un ordre absolu. Soutenue et fortifiée par cette pensée, elle sut à cette même époque s'imposer un grand sacrifice. Elle décida Mme de Bombelles, qui venait d'arriver de Lisbonne, à ne pas séjourner en France et à partir pour l'Allemagne, où son mari était nommé ambassadeur. « Je me refusais, a écrit Mme de Bombelles, à une » séparation si pénible ; mais l'affection désintéressée » de la princesse fit passer avant tout la paix et » le bonheur de ma famille. Le dernier jour que je » passai à Versailles (lor août 1789), fut aussi doux » que cruel. Madame Elisabeth m'entoura de tous » les témoignages de l'amitié la plus touchante, s'oc- » cupant des détails de mon départ, des intérêts » de ma famille, de la sûreté de mon voyage. Elle » m'indiqua les étapes d'où je devais donner de mes » nouvelles. L'entretien se prolongea pendant la nuit. L'heure des adieux arriva : « Nous nous séparons

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