JOURNAL DE MADAME ÉLISABETH
» pour un temps, dit Madame Elisabeth ; il le faut ; » mais nous demeurerons toujours unies par une » communauté d'intentions, de pensées et de prières. » « L'entretien se termina dans les larmes. Et cependant, » quelque sombre que parût l'avenir, on était loin de » se le représenter tel qu'il pouvait être. Cet adieu » devait être éternel ! Ce moment, si j'avais pu le pré- » voir, eût été le dernier de ma vie I Je serais morte à » ses pieds (1). »
Alors commence, au milieu des marques de la tendre et naïve affection de la princesse à son amie absente, le journal qui ne cessera qu'en 1792.
« 5 août 1789. — La nuit de mardi à mercredi, » l'Assemblée a duré jusqu'à deux heures. La noblesse, » avec un enthousiasme digne du cœur français, a re- » noncé à tous ses droits féodaux et au droit de chasse. » La pêche y sera, je crois, comprise. Le clergé a de » même renoncé aux dîmes, aux casuels, et à la possi- » bilité d'avoir plusieurs bénéfices. Cet arrêté a été » envoyé dans toutes les provinces. J'espère que cela » fera finir la brûlure des châteaux : ils se montent » à soixante et dix. C'était à qui ferait le plus de » sacrifices. Tout le monde était magnétisé.
*> Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit » chanter un Te Deum à la chapelle et donner au Roi » le titre de Restaurateur de la Liberté française. On » a aussi parlé d'abolir les engagements perpétuels,
(1) Notes de Mme de Bombelles.