OCTOBRE
» jours avec plaisir, parce qu'il est impossible d'avoir » une conduite plus parfaite : ce sont vraiment des » anges. Au Point-du-Jour, les cris plus continuels de : » Vive le Roi ! la nation ! et à bas les calotins ! ont » commencé et n'ont pas discontinué jusqu'à l'Hôtel - » de-Ville. A la porte de Paris, M. Bailly avait préo senté au Roi les clefs de la ville, en lui faisant un » petit discours très respectueux, fort bon, auquel le » Roi répondit qu'il se verrait toujours avec plaisir et » confiance dans sa bonne ville de Paris. M. Bailly » le répéta à la ville, mais il oublia la « confiance. » La » Reine le lui rappela, et pour lors il reprit avec es- » prit : « Messieurs, vous êtes bien plus heureux que » si je ne m'étais pas trompé. » Ce fut beaucoup de » cris de : Vive le Roi ! la Reine I et nous tous ! »
Madame Elisabeth, en écrivant cette relation, savait qu'elle serait lue (1) non-seulement par les émigrés français déjà nombreux en Allemagne, mais par des étrangers indifférents à nos malheurs. Laissant au Roi, dans son récit, toute sa majesté, elle met en pleine lumière le courage des soldats fidèles à la monarchie. Il est facile de s'apercevoir qu'il répugne à sa fierté native, à sa qualité de princesse et à sa dignité de Française, de retracer les scènes cruelles et humiliantes du voyage et de l'entrée dans Paris. Elle termine enfin sa lettre de façon à convaincre ses lecteurs qu'un accord durable est non seulement possible entre Louis XVI et la nation, mais que cette union existe, sanctionnée par les sacrifices qui viennent de s'accomplir. Nobles sentiments dont l'émotion vibre encore dans ces pages et leur communique un vif et profond intérêt.
(i) Voyez la fin de la lettre. Coll. F. de Conches, p. 122.
Une relation (1), qui paraît avoir été écrite par une personne de l'entourage de Madame Elisabeth, complète son récit, en ajoutant des détails intéressants sur les conseils qu'elle ne craignit pas de donner à Louis XVI et sur les événements des deux journées.
« Lorsque Madame Elisabeth aperçut de la terrasse » de son jardin les premières bandes s'avancer dans » l'avenue de Paris, venant sur la route de Sèvres, » elle crut qu'on allait sans doute les repousser im- » médiatement. Selon son opinion, une vigoureuse » répression pouvait suffire et prévenir une lutte plus » sanglante. Quelques coups de canon , disait-elle, » suffiront pour disperser l'avant-garde de cette ar- » mée de bandits, et jetteront la confusion dans » les bataillons qui suivent. Cette mesure fera réflé- » chir le côté hostile de l'Assemblée et relèvera le » moral des amis de l'ordre, qui sont effrayés de la » pusillanimité du gouvernement. Mais il ne faut pas » perdre de temps. Rentrée à Versailles, et devant » le Roi, elle développa son idée avec cette fermeté » de raison et cette éloquence du cœur que Dieu » lui avait départies. « Oui, lui disait-elle, on peut, » d'une part, comprimer les démonstrations de la po- » pulace par une leçon sérieuse et motivée ; de l'autre, » justifier le d épart du chef de l'État pour une ville plus » éloignée que Versailles, en alléguant la tyrannie que » les factions prétendent exercer sur lui, et l'attitude » équivoque de l'Assemblée nationale qui, est mat-
(i) M. dv Beauchesne semble en avoir connu l'origine.