DÉVOUEMENT DES GARDES DU CORPS
» nuit, pour le prier de leur dire la messe. » « A d peine était-elle finie qu'une partie de la horde se » répandit dans la ville, força l'hôtel des gardes du » corps, massacra ceux qu'elle rencontra, et s'empara » de plusieurs autres qu'elle conduisit à la grille du » château, pour délibérer sur le supplice qu'elle leur » infligerait (1). »
L'autre partie força les grilles et se répandit dans les cours et les terrasses du côté du jardin, cherchant quelque issue pour pénétrer dans le château. Une porte, ouverte, dit-on, par un marmiton des cuisines de Mesdames, les introduisit sous la voûte de l'appartement de ces princesses. Là ils massacrent deux gardes du corps, montent le grand escalier et se dirigent vers l'appartement de la Reine. Sans le courageux dévouement des gardes qui veillaient à la porte, cette malheureuse princesse eût été leur victime. La lutte lui donna le temps de s'enfuir chez le Roi, où elle trouva M. de La Fayette, et où Madame Elisabeth ne tarda pas à venir de son côté.
L'appartement du Roi était également menacé, car les forcenés se répandaient dans le château. « Les » gardes du corps convinrent entre eux de défendre » l'une après l'autre chaque pièce de l'appartement » où un seul se trouverait, tous les autres se relevant » successivement, jusqu'à celle où se tenait la famille » royale ; et ils attendirent avec Je plus grand cou- » rage la mort, qu'ils ne croyaient pas pouvoir éviter. » M. de La Fayette, que sa négligence avait mis dans » la plus affreuse position, fit dans cette occasion les
(1) Mémoires de Mme de Tourzel, t. I, p. 13.