‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 64 sur 284 · DÉPOSITION DE MADAME ELISABETH · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DE MADAME ELISABETH

avait commencé le 11 décembre. Les dépositions de la famille royale furent exigées, et la réponse de Marie-Antoinette est restée historique : « J'ai tout vu, » j'ai tout entendu, j'ai tout oublié. » Celle de Madame Elisabeth ne fut pas moins généreuse. Avec sa simplicité ordinaire» elle l'apprend àMmede Bombelles (1) : « On est venu du comité de la ville prendre nos dé- » positions. Si tu savais comme la mienne est bète, tu » en rirais ; mais je n'avais RIEN à dire. Tu sais que » ce n'est pas par la science que la Princesse a jamais » brillé.. .. »

Elle conservait néanmoins un si douloureux souvenir des derniers jours qu'elle avait passés à Versailles, que sans vouloir abandonner complètement Montreuil, elle songeait a se créer une autre retraite à Fontainebleau. En plusieurs occasions, la population de cette ville avait témoigné du respect et de l'attachement à la famille royale. Dès Tannée 1787, Madame Elisabeth avait désiré posséder une maison de retraite auprès de la forêt, et Dassy, médecin de la Cour et ami de Le M on nier, s'était secrètement occupé de cette acquisition. En 1789, l'habitation était choisie et les travaux avancés. Madame Elisabeth avait dessiné les sujets de la corniche de la salle à manger et commandé ceux des boiseries du salon. Dans le parc, une allée de tilleuls, semblable à celle de Montreuil, conduisait à une grille de laquelle on découvrait un bel horizon de verdure, et l'écusson de France ornait déjà les pierres du puits du jardin. Mais les décrets de l'Assemblée sur les finances, la création des assignats,

(1) Lettre du 22 décembre. Coll. F. de Conches, p. 137.

M. d' ALBERT DE RIONS.

révélation de l'épuisement complet de la source des recettes , ne pouvaient permettre à Madame Elisabeth de réaliser son projet. Elle dut l'abandonner et céder à Dassy la propriété entière. Fontainebleau conserve encore le souvenir de ce rêve qui avait plus d'une fois charmé les heures d'ennui de la princesse durant les premiers mois de sa réclusion dans Paris (4).

Le journal reprend le 3 janvier 1790 : « Il continue toujours à paraître des brochures » raisonnables et souvent plaisantes sur tout ce qui » se passe. Nous avons eu le plaisir de voir ce pauvre » M. d'Albert de Rions. Il a eu bien du courage. Il faut » espérer que l'Assemblée lui rendra la justice qu'il » mérite. On ne s'empresse pourtant pas à le juger (2). »

Ce fut à l'occasion de cette affaire que Madame Elisabeth eut quelques entretiens avec Malouet (3), qui était député pour la sénéchaussée de Riom et intendant de la marine à Toulon. Malouet, dans ses Mémoires, parle du bon jugement de la princesse, qui s'intéressait vivement au résultat de la demande. Le comte d'Albert de

(1) M. Guérin, ancien maire de Fontainebleau et si généralement estimé dans cette ville, est possesseur de cette propriété depuis Tannée 1837.

(2) A Mme de Bombelles, p. 138.

(3) Pierre-Victor Malouet, homme d'Etat, né à Riom en 1740, mort en 1814. Il habitait à Montreuil une maison voisine de celle de Madame Elisabeth.

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