EXÉCUTION DE M. DE FAVRAS
» prend pourquoi il a été condamné. Il a eu i'impru- » dence de vouloir servir son Roi : voilà son crime. » J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des » persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des « gens qui aimeront encore leur patrie et qui la ven- » geront des traîtres qui la trompent. . . »
23 février. — « Le cœur des honnêtes gens rend bien. » à M. de Favras (\) l'hommage qu'il mérite. Le peuple » lui-même, le peuple, qui demandait à grands cris sa » mort, disait le lendemain, et même en revenant de » l'exécution : « mais il a protesté de son innocence sur
(1) L'affaire du malheureux marquis de Favras fut surtout l'œuvre du comité des Recherches , inventé par l'Assemblée pour remplacer le lieutenant de police. Ce comité organisait la délation, exagérait, noircissait et venait en séance publique dénoncer le tout à l'Assemblée nationale. Ce fut d'abord le complot de la noblesse bretonne pour livrer Brest aux Anglais, puis celui des brigands soldés pour détruire les moissons, puis le complot du 14 juillet pour brûler Paris; enfin, le eomplot de Favras pour tuer La Fayette, Necker et Bailly. M. de Favras avait été arrêté le 24 décembre sortant de chez M. de de La Ferté, trésorier général de Monsieur. Au même moment, on avait arrêté M=»« de Favras ; on saisissait leurs papiers et tous deux étaient jetés dans les prisons de l'Abbaye. Le lendemain on lisait sur les murs de Paris et l'on ramassait dans les rues un placard, signé d'un nom inconnu et dont on n'a jamais pu découvrir le véritable auteur : « Le marquis de » Favras, place Royale, a été arrêté avec Madame son épouse, » la nuit du 24 au 25, pour un plan qu'il avait fait de faire » soulever trente mille hommes pour assassiner M. de La » Fayette et le maire de la ville, et ensuite nous couper les » têtes. Monsieur, frère du roi, était à la tête.
» Signé Brauz. m
Condamné sans preuves, Favras subit sa peine le 20 févrie (1790).
MORT DE L'EMPEREUR JOSEPH II
» la potence ; c'est pourtant bien mal de ne l'avoir pas » descendu ! »... Aux yeux de tout le monde, aux yeux » des gens de loi, il n'y a point eu dans ses interroga- » tions la moindre preuve qu'il ait voulu faire assas- » siner MM. de La Fayette et Bailly. Mais il fallait du » sang au peuple, et le sang d'un homme à qui l'on )> pût donner le nom d'aristocrate. Voilà la véritable » cause qui a conduit ce malheureux à la mort. Et » les journées du 5 et 6 octobre restent impunies !... » Et une autre affaire du môme genre, qui est au Chà- » telet depuis trois mois, reste aussi dans l'oubli ! »
1er Mars. — « Nous ne savons pas encore si l'Empe- » reur est mort (1). 11 y a à croire qu'il Test. Gomme » l'Europe va être culbutée ! On dit que sa nièce (2) » est morte en couches ! »
Joseph II était mort à Vienne, le 20 février. Il avait toujours aimé la Reine Marie-Antoinette, sa dernière sœur. « Il la regardait comme sa fille, dit Mme de Tourzel, et se montrait vivement touché de ses malheurs. » Il lui écrivit, les derniers jours de sa vie, la lettre la plus tendre et la plus touchante, lui témoignant qu'un de ses regrets les plus cruels en mourant, était de la laisser dans une position aussi triste et de ne pouvoir lui donner des marques réelles de la tendresse qu'il avait pour elfe. Madame Elisabeth partagea ladouleurdeMarie-Antoinettequi, après quelques jours de retraite, reprit courageusement sa vie ordinaire et reçut les visites de condoléance. Il y avait à ce moment
(1) Joseph II mourut le 20 février.
(2) L'archiduchesse Élisabeth, femme du fils de l'archiduc Léopold, François, neveu de prédilection de Joseph II et qu'il avait fait élever près de lui.