PREMIÈRE COMMUNION DE MADAME ROYALE. 1U
Aux Tuileries, Madame Elisabeth indique, sans détails, une touchante cérémonie de famille. « Ma nièce » fait sa première communion le mercredi de Pâques. » Ce fut une consolante journée pour la famille royale, qui échappa pour quelques heures aux préoccupations qui l'accablaient. Avant de se rendre à Saint-Germainl'Auxerrois, reniant royale reçut la bénédiction doses parents, etleïloi luiditces paroles touchantes : « Priez, )> ma fille, pour la France et pour nous; les prières » de l'innocence peuvent fléchir la colère céleste. » — « La jeune princesse, dit Mme de Tourzel, fondit en » larmes, ne put proférer une parole, et monta en » voiture avec moi, la duchesse de Charost, ma fille, » et la baronne de Mackau, sous-gouvernante des En- » fants de France, spécialement chargée de Madame. » Cette jeune princesse arriva à l'église avec le mainw tien le plus recueilli, et approcha de la Sainte Table )) avec les marques de la dévotion la plus sincère. »
La Reine assista à cette cérémonie, qui fut d'une grande simplicité. Les pauvres de Paris reçurent à cette occasion d'abondantes aumônes, et les présents que l'usage réservait à la jeune princesse furent remplacés par des secours aux nécessiteux (1). Madame Elisabeth imita cet exemple et donna de son côté aux pauvres ce qu'elle put, se rappelant, non sans tristesse, l'éclat qui entourait la Cour à l'époque où, conduite également à l'autel par la respectable Mm0 de Mackau, elle s'était unie à son Créateur avec la même piété que sa nièce.
Elle continue son journal le 9 avril... . « Mardi (i) Souvenirs inédits.
» dernier, le clergé et le peu de noblesse et des Com- » munes qui soient du bon parti, ont désiré que l'As- » semblée déclarât que la religion catholique soit la » seule dont le culte fût public en France. Jamais » l'autre parti n'a voulu, et comme, malheureusement, » ils ont plus d'esprit que les autres, ils ont pris une » tournure à en imposer à bien des gens. Ils ont dit » qu'ils avaient trop de respect pour la religion pour » rien prononcer sur cela, et que le soin qu'ils prenaient » de payer le culte prouvait assez leurs sentiments. Le » clergé réclame, au nom de toute l'Eglise, et doit » signer cette réclamation.
Même jour. — « Le bon parti s'assemble aux Ca- » pucins. On leur jette des pierres, mais la garde na- » tionale se conduit fort bien pour eux. Tout le monde » entre aux Capucins, pour que l'on puisse bien con- » naître les complots aristocrates, dont on n'aurait » pas manqué d'orner les papiers publics. »
C'était le 3 avril que dom Gerle ayant présenté la motion dont parle la princesse, une vive agitation s'était produite. « Ce jour-là, dit-elle, le jardin était rempli de » ces figures du mois d'octobre qui faisaient des mo- » tions terribles ! Le vicomte de Mirabeau et M. de » Cazalès ont manqué être tués par des gens qui étaient » plastronnés jusqu'aux dents. La garde les a sauvés. » L'abbé Maury a pensé être tué. 11 s'est réfugié dans » une maison où un député est venu, le soir, pour » prendre part au risque qu'il avait couru, et, en même » temps, pour lui proposer une chaise de poste pour » passer en pays étranger, que le hasard avait fait » trouver là à point nommé. Il ne l'a point acceptée. La » garde, qui vint à son secours, le fit sortir de cette
» maison avec un manteau d'uniforme et un bonnet » de brigadier. . . Le lendemain, en sortant de l'As- » semblée, il fut embrassé par les poissardes et as- » sommé de bouquets. »
19 Avril. — « Les assignats sur le bien du clergé » sont passés à trois pour cent d'intérêt (1). Decemo- » ment, les effets ont augmenté et le prix de l'argent * diminue. Cela va faire aller les affaires pendant quel- » que temps, et puis nous retomberons, parce que, » de l'aveu de tout le monde, l'opération est mau- » vaise. »
27 Avril. — « Nous sommes bien mal, et tous les » jours, nous le sommes un peu plus. Nous laissons tout » faire, et ce qu'il y a de pis, c'est que nous persua- » dons à tout le monde que nous ne sommes pas » fâchés de ce qui se passe. On nomme beaucoup » M. de La Fayette pour dictateur (2) ; car le résultat » de ce bel amour pour le Roi sera de le déclarer » imbécile, et de lui donner un mentor. Ce qui » m'afflige de tout cela, c'est que les honnêtes gens » se découragent en voyant qu'ils ne seront jamais » soutenus, et finiront par nous délaisser. Encore, si » nous avions notre liberté ! mais être toujours en- » tourés de gens qui vous espionnent, qui vous tien- » nent dans votre cage ! Tout cela, si ce n'était pas la » volonté de Dieu 1 Ah ! il y aurait de quoi bien im- » patienter ! . . . »
(1) Loi du 17 avril qui déterminait le nombre, la forme, la fabrication des assignats et le remplacement par ceux-ci des billets de la caisse d'Escompte.
(2) Il était question de le nommer lieutenant-général du royaume.