DÉCRET CONTRE LE CLERGÉ
» Ce qui me désole, c'est que la religion perd beau- » coup. La vente des biens du clergé en sera la fin. » J'espère encore que les provinces ne souffriront pas » que l'on y touche ; mais les enragés savent si bien » venir à bout de ce qu'ils veulent, que j'ai bien peur » qu'ils ne réussissent. »
11 y eut, en effet, un mouvement d'indignation assez caractérisé dans les provinces, à l'occasion du décret contre le clergé et de l'institution des juges. Les nouvelles qui parvenaient à la cour à ce sujet inspirent les réflexions suivantes à Madame Elisabeth :
1er mai. — « J'avoue que je regarde la guerre civile » comme nécessaire : premièrement, je crois qu'elle » existe, parce que, toutes les fois qu'un royaume est » divisé en deux parties, et que la partie faible n'ob- » tient la vie sauve qu'en se laissant dépouiller, il est » impossible de ne pas appeler cela une guerre civile. » De plus, l'anarchie ne pourra finir sans cela, et je » crois que, plus on retardera, plus il y aura de sang » répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux. Ce- » pendant, si j'étais Roi, il serait mon guide, et peut- » être éviterait-il de grands malheurs. Mais comme, » Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je me » contente, tout en approuvant les projets de mon » frère, de lui dire sans cesse qu'il ne saurait être trop » prudent, et qu'il ne faut rien hasarder. »
La situation était en effet trop compliquée pour oser conseiller un malheureux prince auquel on enlevait tous les moyens de gouverner. Attendre, essayer de négocier sous main avec les chefs de parti, espérer dans une réaction des provinces, ainsi se passaient les semaines et les mois depuis près d'une année, ainsi
l'anarchie en province. H5
devaient s'écouler les jours qui restaient encore à épuiser avant de tomber dans les catastrophes suprêmes. On est déjà loin de ce premier moment de l'arrivée à Paris où Madame Elisabeth cherchait à entretenir des illusions.
2 Mai. — « Notre séjour ici nuit, beaucoup aux » affaires. Je voudrais pour tout au monde en être » dehors. Si j'ai cru un moment que nous avions » bien fait de venir à Paris, depuis longtemps, j'ai » changé d'avis. Si nous avions su profiter du mo- » ment, nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il » fallait avoir de la fermeté, ne pas avoir peur que » les provinces se fâchassent contre la capitale. Enfin, » il fallait affronter les dangers : nous en serions sortis » vainqueurs. »
Aux tristes retours sur le passé se joignaient de sombres nouvelles de ces provinces où se répandait l'anarchie.
4 Mat. — « On assassine en Bourgogne, en Dau- » phiné avec une recherche de cruauté abominable. » Mon Dieu ! quand cela finira-t-il ? » Le Midi entrait en insurrection également. A Marseille , à Nîmes, à Montauban les massacres se succédaient et se multipliaient.
Au milieu de mai, la famille royale obtint le droit de quitter Paris, sans s'écarter des environs.
iS Mat. — « Nous sommes enfin sortis de notre » tanière. Le Roi va monter achevai pour la troisième