VISITE DE MADAME ÉLISABETH A SAINT-CYR
» fois. Je vais ce matin à Bellevue. J'ai le besoin de » voir un jardin anglais. »
Elle ajoute avec ironie; « Pendant ce temps-là, » l'Assemblée s'occupera d'ôter au Roi le droit de » faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on » lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à » peu près tout ce qui lui reste. »
22 Mai. — «... Hier, ce fameux décret a été rendu. » Tous les enragés ont passé sous nos fenêtres, au » milieu des acclamations publiques, et des félicita- » tions d'environ vingt mille âmes qui étaient dans le » jardin. Les colporteurs, en vendant le décret, criaient » que la nation avait gagné. »
La Reine, pour éviter le bruit de cette manifestation, avait dû quitter ses appartements et se réfugier dans les entre-sols du château, où elle resta l'après-midi. Après la publication du décret, un séjour à Saint- Cloud, ardemment désiré des captifs, leur fut accordé. Madame Elisabeth se rendit à Saint-Cyr. « Il est im- » possible, écrit-elle, d'avoir été reçue d'une manière » plus touchante. Toutes les classes se sont rangées » dans le corridor qui va à la communauté, et là, il » a fallu que la Princesse parlât ! Elle avait le cœur » serré. Ces pauvres petites demoiselles pleuraient » et avaient l'air si contentes ! Ces pauvres dames » l'étaient bien ! Pour moi, je l'étais dans le fond de » l'âme, mais je ne crois pas que mon visage l'expri- » mât bien. Plusieurs sentiments m'occupaient, et, » si j'étais belle dame, je pourrais dire qu'ils me » portaient à une certaine mélancolie un peu triste. »
La journée avait été douce et calme ; le retour le fut moins. « En rentrant, dit-elle, il a pensé m'arriver