LA FÉDÉRATION
Même jour. — € L'Assemblée a décrété hier que le Roi » serait seul avec elle dans la Fédération, le président » à sa droite. Le reste de sa famille sera, je crois, aux » fenêtres de l'Ecole Militaire. Le Roi avait désiré en » être entouré, mais, comme de raison, on n'a pas » pris garde aux désirs de celui qui n'a de pouvoir » que par celui que la nation lui délègue. . . . Cela » est bien égal à un des membres de cette auguste » famille des siècles passés. Elle n'en est affligée que » par rapport à la Reine, pour laquelle c'est un souf- » flet donné à tour de bras, et d'autant mieux appli- » qué qu'il a été ménagé de loin , et que, jusqu'au » dernier moment, on avait dit au Roi que le contraire » passerait. x>
Les fédérés arrivaient alors de tous les points de la France, et dans des dispositions toutes opposées à celles qu'attendait la gauche de l'Assemblée. La plupart se montraient sincèrement attachés au Roi et manifestaient hautement ces sentiments, dont plusieurs députés, Barnave (4) entre autres, furent vivement frappés. Le 13 juillet, le Roi passa en revue les fédérés des départements. Ils défilèrent devant lui et la famille royale, au pied du grand escalier des Tuileries, témoignant leur joie et leur dévouement. Le Roi, la Reine et Madame Elisabeth se promenèrent au milieu d'eux, dans le jardin, sans gardes, et à la vue d'un peuple immense qui n'osa pas montrer sa surprise et son mécontentement. Après la cérémonie du 14 juillet, la
(1) Pierre-Joseph-Marie, député à l'Assemblée nationale. Né en 1761, à Grenoble et avocat déjà célèbre dans cette ville quand la révolution avait éclaté. Il avait été jusque là violent ennem de la royauté. Barnave fut mis à mort en 1792.