LES BRETONS A PARIS
famille royale resta quelques jours encore aux Tuileries, et, pour répondre au vœu des fédérés, on reprit l'usage de dîner en public (1), afin de permettre à cette foule respectueuse et empressée de voir toute la famille royale réunie à la même table. Mesdames revenaient de Bellevue, le comte et la comtesse de Provence se rendaient du Luxembourg aux Tuileries. Le Dauphin étant trop jeune ne paraissait pas. Il était le matin entouré d'hommages sur la terrasse où on le promenait. « Quinze cents Bretons, à pied, sont entrés » dans les Tuileries par le pont tournant, écrit une » dame anglaise habitant Paris , le 23 juillet ; la » garde nationale n'a pas osé les arrêter, ni faire » descendre le commandant, qui était à cheval. Ils » se sont avancés jusque devant les fenêtres du Roi, » qui les a salués de son balcon. Ils ont demandé » à être admis en sa présence. Le commandant a » mis genou en terre, a déposé son épée aux pieds » du Roi et a dit : « Sire, je suis chargé par la » nation bretonne de venir jurer amour et fidélité à » votre Majesté, et je verserai la dernière goutte de » mon sang pour vous, pour la Reine et pour monseid gneur le Dauphin. » Le Roi l'a embrassé. Toute la » troupe est allée au petit jardin arrangé pour le » Dauphin sur la terrasse. Il cueillait des fleurs. Le » gentil enfant (the pretty boy) leur donna à cha- » cun une fleur, puis, le jardin élant dépouillé, il prit » des feuilles de lilas, et finit par déchirer les feuilles
(1) Journal de M. le comte de Reiset. Cité par M. le comte de Reiset dans les notes du livre-journal de Mme Eloffe, vol. II, p. 116.