LA COUR A SALXT-CLOUD
ces personnages augustes, courbés sous le joug d'un passé qui leur imposait encore ses débris d'étiquette.
€ Me voilà rétablie à Saint-Cloud, écrit Madame » Elisabeth , dans le jardin, mon écritoire ou mon » livre à la main. Et là, je prends patience et des » forces pour le reste de ce que j'ai à faire. »
Ce fut dans le courant de l'été que Mirabeau ouvrit de secrètes négociations avec la cour. Déjà pendant l'hiver, le duc de Lévis (1), l'un de ses collègues, avait préparé ce rapprochement, dont les suites étaient de la plus haute importance pour une portion de l'Assemblée. Un secret profond entoura ces entrevues, qui furent dérobées à la sœur du Roi avec un soin particulier. On sait, en effet, que l'opinion de Madame Elisabeth était formée depuis longtemps sur les personnages politiques de la nuance de Mirabeau. Les résolutions énergiques et promptes lui semblaient les seules à prendre, avec le concours de ceux qu'elle estimait. Personne n'ignorait qu'à l'époque toute récente de la fédération, elle s'était exprimée franchement en faveur d'un départ de Paris, soutenu par la volonté des provinces. La grave question de la possibilité d'une guerre civile l'effrayait moins que les progrès de l'anarchie. Elle ne voyait pas d'autre
(i) Pierre-Marc-Gaston de Lévis, fils du maréchal de Lévis, avait été élu député de la noblesse de Dijon à l'âge de vingtcinq ans. Il avait adopté les principes libéraux avec modération. Après le 10 août 1702, il émigra et rejoignit l'armée des Princes. Blessé gravement à l'expédition de Quiberon, il demeura ensuite en Angleterre jusqu'en 1808, époque de son retour en France. M. le duc de Lévis était membre de l'Académie française et mourut à Paris en février 1830.