SITUATION DE SAINT-CYR EN
devait s'ouvrir aux enfants des officiers de terre et de mer, sans distinction de naissance. L'Institut de Saint- Louis se transformait en une maison nationale d'éducation. Les noms de dames, de demoiselles, paraissant être des appellations féodales, faisaient place à ceux d'institutrices et d'élèves.
Une profonde désolation accueillit à Saint-Cyr l'ordonnance du 26 mars. Endormies en quelque sorte dans un passé auguste, les dames de Saint-Louis avaient presque ignoré les débuts de la Révolution. Elles n'avaient pu croire à son accomplissement, et les pertes matérielles qui les avaient atteintes n'avaient ébranlé ni leur tranquillité, ni leur dignité. « Depuis qu'elles sont pauvres, disait un de leurs ennemis, elles » ne sont devenues que plus sèches, plus droites et » plus orgueilleuses! » Mais, en voyant leur Institut insulté, elles comprirent le destin que préparait à l'Eglise et à la royauté la Révolution triomphante, et, loin d'accepter comme un secours le décret de Louis XVI, elles le subirent comme une humiliation ajoutée à leur infortune. « Les Dames n'ont pu conte- » nir leur douleur à la communication de l'ordon- » nance royale, écrivait un témoin ; des cris de dé- » sespoir ont interrompu la lecture à diverses re- » prises. La journée s'est passée dans une muette » consternation. On ne s'abordait que les larmes aux » yeux. La joie cruelle que les gens de Saint-Cyr ont » témoignée ajoute au chagrin des Dames. »
Hostiles au monastère depuis plusieurs années, les habitants de Saint-Cyr reprochaient aux religieuses d'amasser des richesses, sans comprendre qu'ils profitaient largement des libéralités du couvent, de ses