‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 8 sur 284 · VOYAGES A COMPJÈGNE ET A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

VOYAGES A COMPJÈGNE ET A FONTAINEBLEAU

L'habitude de s'exprimer facilement leur venait ainsi sans peine , comme le don de se prononcer sur des sujets divers , proportionnés à leur âge. On devait, dans ces soirées, éviter les conversations frivoles, et s'attacher surtout aux entretiens sérieux. Le comte de Mercv, dans sa correspondance avec l'impératrice Marie- Thérèse, parle avec éloges de la direction donnée par Mme de Marsan aux sœurs du Dauphin.

A Compiègne et à Fontainebleau, où les princesses accompagnaient la cour, leur existence était également studieuse. Les soirées étaient animées par de petites représentations, auxquelles assistaient les habitants des villes et des châteaux qui entourent ces résidences. Mme de Marsan composait des proverbes que jouaient ses élèves et les dames de leur maison. Mme d'Aumale remplissait le rôle de souffleur, et Mm0 de Mackau présidait aux répétitions. Le ton de ces pièces était sentimental, le style un peu emphatique : c'était le goût de l'époque. La moralité était celle des comédies de Berquin et des contes de Mm0 de Genlis. L'ensemble était fort médiocre ; mais les actrices jouaient avec tant de bonne volonté, les spectateurs applaudissaient de si bonne grâce que, une agréable musique aidant, le succès de la gouvernante et de ses élèves ne laissait rien à désirer.

Ces voyages dans les résidences royales n'étaient plus que des occasions de dépense et d'ennui pour la cour blasée de Louis XV : seules, de la famille royale, les petites princesses les trouvaient trop rares et trop courts, et les attendaient avec impatience. Fontainebleau surtout était leur séjour de prédilection. Elles ne se lassaient pas de parcourir la forêt, ses déserts

l'abbé de montégut.

de verdure, et ses chaînes de rochers couronnées de bruyères. M. Le Monnier, médecin des Enfants de France, les accompagnait dans ces excursions, et leur apprenait un peu de botanique. Un autre médecin, habitant de Fontainebleau, M. Dassy, se joignait à lui et dirigeait les promenades vers les endroits les plus riches en plantes rares. Les deux savants jouissaient de la satisfaction des Enfants royales, heureuses de trouver, loin des grandeurs de Versailles, la solitude et la liberté de la campagne.

A ces innocentes récréations se joignirent bientôt les graves enseignements de l'adolescence : l'abbé de Montégut eut la haute mission de préparer Madame Elisabeth à sa première communion. Ecoutons à ce sujet le beau langage de l'un de ses biographes, « 11 » lui expliqua les merveilles de cet Evangile, qui est

• tout ensemble l'école du devoir et la source des » consolations. Elle s'appliqua à cette étude avec une » sagacité et une pénétration au-dessus de son âge. On » eût dit qu'une secrète inspiration l'avertissait que

• c'est là la meilleure et la première des sciences A » mesure que son intelligence se développa, ses pré- » ceptes s'enracinèrent profondément en elle. La reli- » gion lui apparut comme une chaîne de devoirs et » de consolations, dont le premier anneau attaché au » ciel attire sans cesse l'humanité vers son origine et

• sa fin. Elle ne chercha pas, comme les esprits de son » temps, à pénétrer les mystères impénétrables, elle

• se soumit fermement à la loi de l'Eglise, sachant » combien est infinie la grandeur de Dieu, et combien » notre propre nature est limitée. La révélation sup- » pléait suffisamment pour elle à l'infirmité de notre

> intelligence, car c'est à sa lumière que nous mar- » chons dans la charité qui est notre voie, et vers le » ciel qui est notre but. » (4)

Ainsi préparée, Madame Elisabeth reçut d'abord la confirmation en présence du roi, son frère (Louis XVI régnait depuis un an), et de toute la famille royale, et s'approcha pour la première fois de la sainte Table le dimanche 13 août 1775. Ce jour, si beau pour la plupart des enfants, ne fut pas sans mélancolie pour elle. En se donnant avec ferveur au Dieu qui descendait dans son cœur, elle avait à lui demander la force de subir une première et douloureuse épreuve : sa sœur Clotiide, fiancée au prince de Piémont, allait quitter Versailles, et, le 20 août suivant, les deux princesses se séparèrent avec une vive affliction.

Il est difficile de comprendre actuellement les tristesses que présentait alors un mariage hors de France. C'était un adieu suprême à la famille, à la patrie, à toutes les affections de l'enfance et de la première jeunesse. Pour les princesses, il s'y joignait l'impossibilité de nouer ces correspondances intimes qui, dans les rangs plus modestes de la société, rapprochent au moins les esprits, et entretiennent les liens des parents dans leur première confiance. Lettres, billets, toute communication écrite était soumise aux interprétations de la diplomatie, à l'examen des agents secrets des gouvernements, et prenait plus ou moins d'importance selon l'état des affaires politiques. Madame Clotiide obtint seulement, de la cour de Sardaigne, la permission de se rendre quelquefois à Ghambéry, et de recevoir

(1) Beauchesne.

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