LEUR DE MADAME ELISABETH
dans cette ville des membres de sa famille. Elle ne devait pas en profiter à l'égard de sa sœur, qu'elle ne revit jamais. Toutes deux apprécièrent, dans ce douloureux adieu, le prix des sentiments religieux, qui leur laissaient la prière et la foi pour réunir leurs âmes. Cependant Madame Elisabeth était encore trop novice dans l'expérience des tribulations pour se résigner en silence. Elle pleura, elle souffrit avec une amertume au-dessus de son âge, et se sentit orpheline une seconde fois.
La famille royale, informée de sa douleur, voulut rapprocher d'elle cette enfant désolée, que les lois de l'étiquette lui permettaient à peine de connaître. « De- » puis le départ de la princesse de Piémont, écrit la » jeune reine Marie-Antoinette à sa mère, l'impératrice
• Marie-Thérèse, je connais beaucoup plus ma sœur
• Elisabeth : c'est une charmante enfant qui a de » l'esprit, du caractère, et beaucoup de grâce. Elle a » montré au départ de sa sœur, une sensibilité bien
• au-dessus de son âge. » A cette époque, le roi et ses frères vivaient dans l'heureuse intimité de la vie de famille. Une même table réunissait chaque soir à souper Louis XVI, Marie-Antoinette, le comte et la comtesse de Provence, le comte et la comtesse d'Artois. Dès lors, Madame Elisabeth y prit sa place et ne tarda pas à se plaire dans cette société, qui était aimable, intelligente et gaie. Mesdames, tantes du roi, lui offrirent aussi les distractions plus graves de leur intérieur. « Envoyez-
• nous Elisabeth, écrivait Madame Adélaïde à la reine, » nous l'attendons à Bellevue. » Ces princesses, un peu grondeuses et fort susceptibles, ne craignaient pas de faire de temps en temps à leur nièce, sur des sujets