LES DAMES DE SA1NT-CYR EN
maintenant réclamait le courage dans l'adversité et la patience dans les épreuves quotidiennes.
A cette époque, l'Institut de Saint-Cyr était gouverne par trois femmes d'un rare mérite : Mme d'Ormenans était supérieure; Mm9 de Crécy, maîtresse générale des classes ; Mme du Ligondès, dépositaire. « Elles avaient, outre les vertus ordinaires de cette » maison, une grande fermeté, l'intelligence des af- » faires, les manières les plus distinguées et ce beau » langage du xvn8 siècle que Saint-Cyr avait conservé » comme par tradition (l1. » Les autres officières présentes à cette réunion étaient Mmo de Launay, assistante ; Mmcs Delpeyrou, de Mackault, des Essarts, de La Motte, premières maîtresses des quatre classes , Mme de Lastic, économe ; Mme de Cockborn, sacristine ; Mm€ de La Potière, pharmacienne. C'étaient ces mêmes dames qui, le 20 juillet précédent avaient reçu les administrateurs et les officiers municipaux chargés de faire exécuter le décret du 24 avril, en exigeant un inventaire de la maison et de ses biens. Les administrateurs n'avaient pu cacher leur émotion à l'aspect de ces nobles femmes dont le maintien était plein de résignation et de fierté (2). Ils agirent de façon à les protéger contre le mauvais vouloir des paysans, au moins pendant quelques mois. Madame Elisabeth recueillit ces détails, et partagea leur espoir de supposer que la Révolution épargnerait un établissement si utile à la France. Cette journée du 15 août s'écoula trop vite et la princesse quitta Saint-Cyr le cœur tranquille et rassuré.
(1) Lavallée. Hist de Saint-Cyr, p. 261.
(2) Voy. le rapport de MM. Deplane, Venard et Coupin. Inventaire de Saiot-Cyr. Archives de la préfecture de Versailles.
MADAMi: DE RAIGECOURT.
La meilleure des amies de Madame Elisabeth, après Mme de Bombelles, manquait à la réunion du 15 août 1790 à Saint-Cyr. L'état de langueur d'un enfant tendrement aimé, d'un fils âgé de cinq ans, retenait Mmo de Raigecourt au château de Frianviile. La nouvelle du danger, puis de la mort du petit malade ne tarda pas à arriver à Saint-Cloud, accompagnée des plus cruels détails sur le désespoir de la jeune mère. Elle se refusait « à toute consolation, demeurait absorbée » dans la contemplation du portrait de l'absent, des » objets qui lui avaient appartenu. * Madame Elisabeth tenta de relever le courage de cette pauvre âme brisée. « Laisse- moi, mon cher cœur, te conter ce trait d'une » femme qui, en apprenant la mort de son fils unique, » objet de sa tendresse et de toute son espérance, » s'écria dans son premier mouvement : Mon Dieu ! » il vous voit I il vous aime ! Voilà, un grand exemple » à suivre ! voilà, je vous le répéterai sans cesse, la » seule, la véritable résignation! (1) »
On ne dit pas si la pauvre mère essaya de suivre l'exemple que lui citait son amie. Elle se remit pourtant assez pour que la correspondance interrompue entre elles pût se rétablir. Madame Elisabeth écrit le 30 août, après les fêtes de Saint-Louis :
« Nous voilà de retour à Saint-Cloud, et pour dix » grands jours. Si quelqu'un s'amusait à écrire nos
(\) Lettre à Mme de Raigecourt. Coll. F. de Conches, p. 179.