LE JOURNAL. — SERMENT IMPOSÉ AU CLERGÉ
22 novembre. — « M. Duport du Tertre (1) a la place » de ministre de la justice, car il n'y a plus de chan- » celiers. L'Assemblée les a réformés. Il est plus » connu. Il était dans la Commune et il est démo- » crate. Mais c'est un honnête homme , qui a l'esprit » conciliant. Je ne connais encore que sa figure, elle » me plaît. Je lui trouve un certain air calme et de » bonne foi. On dit que sa femme est désolée de Thon- » neur qu'il a eu d'être nommé, et qu'elle dit : « Nous » étions honnêtes et ignorés ; à présent, nous allons » être perdus ! » C'est une femme de bon sens. »
28 novembre. — t La consternation est répandue » sur tous les visages. Tout le monde a la mort dans » l'âme de voir le sort que l'on destine au clergé. On » veut que les évêques. curés, prêtres, chargés de » quelques fonctions, prêtent le serment de soutenir » la Constitution de tout leur pouvoir, sous peine » d'être destitués. S'ils veulent continuer leurs fonc- » tions, on les déclare criminels de lèse-nation. Ainsi. » les voilà (ceux qui sont à l'Assemblée) obligés d'ici » à huit jours de se décider entre leur conscience et » le martyre. Les autres ont l'espace d'un mois ou de » deux, suivant l'éloignement. On ne peut se faire une » idée de l'atrocité des gens qui ont parlé pour ce » décret. Enfin, tes moins religieux sont indignés I Et » comment veut-on que la colère du ciel se lasse de » tomber sur nous, lorsqu'on se plaît à l'irriter sans » cesse ! Tâchons du moins, par notre fidélité à servir
(1) Louis-François Duport du Tertre, né à Paris en 1754, était avocat avant la révolution. H avait adopté les idées nouvelles avec modération. 11 périt en 1793.