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134 ÏADANE EUGENIO.
Cet hom^e jetait du fmîd dans notre réunion. Toujours sa figure bilieuse apparaissait au milieu de nos joies, comme celle d'un diplomate battu à un congrès.
Le Portugais était détesté de tous, et le i'rérc de Thérèse le prenait babituellement pour thème de ses railleries, auxquelles s'associait même le mari de Thérèse qui, lui, ne l'assemblait en rien à un tyran domestique.
Nous étions devenus les amis de la maison, et toute liberté était laissée aux dames, que nous accompagnions partout sans que ])ersoiinc s'en inquiétât.
Thérèse avaitmis la maison sur ce pied, et sou mari semblait trop lieureux d'être soufîcrt dans des réunions où la mélancolie n'avait aucune jiart.
Quelques jours après, Thérèse m'avertit qu'elle recevrait le lendemain la visite de madame Eugenio : je n'ai |)as besoin de vous dire si je fus exact à l'heure indiquée.
Je passai une partie de l'après-midi seul avec les deux amies, heureux que Thérèse fît les frais de la conversation ; car j'osais à peine regarder à la dérobée les grands yeux de madame Eugenio, qui m'avaient percé le cœur.
Pardonnez-moi si j'y reviens encoie. Le velours des paupièi-es était d'un orange si doux que mentalement j*y appliquais mes lèvres; ensuite je ne demandais qu'à mourir. Je n'ai jamais voulu de portrait d'elle ; il est impossible au pinceau comme à la parole de rendre l'éclat de tels yeuXi dont le souvenir me fait encore battre le cœur.
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HADAUE EUGENIO 13a
— Je crains de l'aimer, dis-je à Thérèse, quand madame Eugcnio fut partie.
— Prenez garde à votre cœur, me répondit-elle.
— Ah! mon cœur est pris!
. — Gardez-vous, mon cher André, de vous laisser entrainer à de telles illusions. Le Portugais peut empêcher Juliette de revenir à la campagne. Elle le craint. Pourquoi vous pi'cparcr des chagrins si vous ne deviez plus la revoir?
— Ne plus la revoir! m'écriai-je tristement.
— Juliette est attachée à son mari. Lui avez-\ous parlé de cette passion subite?
— Je n'ai pas osé.
— Elle vousjtrouve bien élevé, mais de là à vous aimer...
— Ainsi je ne lui;ai pas déplu?
Thérèse souriait.
— Que j'ai dû lui paraître froid! A peine osais-je lui parler, la regarder !
— Peut-être est-il un moyen de la voir chez elle, dit Thérèse.
— Vraiment !
Thérèse songea un instant et ouvrit un meuble avec une joie malicieuse d'enfant.
— Voici un 'bijou ancien ; vous le porterez au Portugais, sous prétexte de lui faire faire une monture nouvelle. D'habitude madame Eugcnio est seule; si par hasard son mari se trouvait au magasin, prolitez-en pour reconquérir ses bonnes grâces.
— J'irai demain! m'écriai -je en remerciant chaleu-
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reuBchient Thérèse, et je la quittai, ravi et inquiet de cette entrevue. Me rencontrer seul avec madame Eugcpio me faisait b'essailtir.
La boîte, contenant le bijou que m'avait confié Thérèse, était devant mes yeux. Si j'écrivais à madame Eugenio, si je cachais une lettre dans l'éciinl Je passai une partie de ta nuit à refaire divers billets où j'essayais de peindre l'état de mon cœur.
Comment je sortirais de cette entreprise, je ne voulus pas y songer, laissant au hasard le soin de me protéger. Mais le lendemain matin, je me promenais aux alentours du passage Itadziwill, appelant à moi tout mon courage.
Le Portugais occupait le premier étage de la haute maison noire. En sonnant à la porte, mon cœur bondissait ; dans la main je tenais serrée fiévreusement la boite qui contenait l'aveu de mon amour. Une servante vint ouvrir. Le juif était absent.
J'entrai résolument. Madame Eugenio était occupée à mettre eu ordre une vitrine; elle leva les yeux sur moi et sourit.
— Quel événement, monsieur, vous amène ici 1 ditelle.
Et clic ajouta avec quelque ironie :
— Vous voulez sans doute parler à mon mari? Il est sorti, mais il ne tardera pas à rentrer.
Ces derniers mots me rendirent à moi-même.
— Madame, luidis-je,je suis chargé par Thérèse de vous remettre..., cet écrin contenant un bijou qu'elle voudrait faire monter.
HADAHE EUGEMO. Kl
— Voyons, dît-elle, quoique ces afîaires ne regarilent que mon mari.
Je lui tendis la boite entourée d'un fil.
— Pardon, madame, dis-je en frémissant, car déjà elle avait rompu le fil, quelqu'un m'attend au dehors. . .
— Vous partez déjà, monsieur?
De l'antichambre je lui répondis un oui étouffe, tant j'avais hàle d'échapper à une si vive émotion. J'étouffais; j'avais soif de respirer, un tremblement nerveux s'était emparé de toute ma personne.
Après avoir-fait le tour du Palais-Royal pour me remettre, j'allai chez Thérèse lui rendre compte de ma mission.
— Voici le bijou, dis-je.
Alors je lui contai comment j'avais détourné à mon profit la course dont elle m'avait chargé, et je m'efforçai délire dans ses yeux le sort qui m'attendait.
— Jenevoussavaispas si entrepi'enant, dit Thérèse.
— Ai-jc mal agi, et croyez-vous que je l'aie blessée? fis-je.
— Juliette trouvera peut-être le procédé un peu vif; mais une jolie femme est rarement fâchée qu'on l'adore. Que contenait le billet?
— Le sais-je? Je l'ai recommencé dix fois sans en être satisfait; j'ai laissé courir ma plume, et je me rappelle à peine les mots dont je me suis servi.
— Nous verrons peut-être Juliette à la campagne dimanche, et,pourvotrepunition,ditThérèse, je vous ordonne de m' accompagner.
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