‹ Madame Eugenio. Histoire du Lieutenant Valentin. Le marronier. Les bras de la Vénus de Milo. Les deux amis. La sonnette de M. BerloquinChapitre 12 sur 26 · L.-,.. .Cookie · texte numérisé non relu

L.-,.. .Cookie

m HADAHE ElfGEmO.

chemcnt, reprit madame Eugénie. Je ne crois pas avoir été coquette avec vous ; rien dans ma conduite ne vous autorisait à me faire cette déclaration. Je me suis plainte, il est vrai, des exigences de mon mari, et vous avez cru que j'avais besoin de consolations. Certainement il est triste, à mon âge, de vivre renfermée et d'être surveillée dans ses moindres actes; mais je préfère, croyez-le, le calme intérieurà une liaison sans avenir.

— Sans avenir ! m'écriai-je.

— Mon mari, repritmadameEugenio, a sans doute des défauts; mais sa jalousie est une preuve de l'affection qu'il me porte. Je ne voudrais pas, monsieur, lui causer des chagrins. Si je donnais mon coeur à quelqu'un, je me préparerais une vie d'amertumes... J'ai du plaisir à vous rencontrer; quand, par hasard, nous nous reveiTons, je vous donnerai, comme aujourd'hui, la main amicalement.

Elle me tendit une main brûlante ; il y avait des larmes dans sa voix.

— Je vous aime, lui dis-je.

— Ne troublons pas notre destinée à plaisir, monsieur. L'affection que vous dites me porter n'a pas eu le temps de prendre racine.

— Ah ! vous ne savez pas ce que j'ai souffert hier de votre absence.

— Ne pensez plusà moi... Vous êtes jeune, les distractions ne vous manqueront pas.

— Comme je vous aurais aimée, madame !

— Oublie)t-moi, je vous en prie, dit madame Eugénie en se levant.

[:;3)zMo, Cookie

Elle sortit là-dessus, ne voulant pas Iais!ser paraître son émotion ; j'étais aussi ômu qu'elle, comprenant maîntcnaiit la nécessite d'étouffer mon amour.

Je vous ai rapporté ses [laroles ; mais le son de sa voix, voilà ce qui ne saurait être rendu. Le timbre en était si mélancolique et si doux, si [>énétrant et si sincère, que je ne pouvais qu'obéir.

Troubler sa vie ! avait-elle dit. J'aimais madame Eugénie ; mais cet amour n'avait fait germer en moi que des félicités, et, si des tortures morales devaient en naître, il me restait encore assez de raison pour arracher cettfi passion, quoique déjà elle se montrât impérieuse.

Thérèse survint, qui essaya de panser les plaies de mon cœur, quoiqu'elle approuvât ta résolution de madame Eugcnio : elle me dépeignit la jalousie incessante du Portugais et les tourments qui en résulteraient nécessairement pour son amie.

— Croyez-vous, me dit Thérèse, que je sois heureuse, quoique je paraisse gaie! Pourtant mon mari me laisse hbre ; mais l'avoir sans cesse sous mes yeux, à mes côtés, en présence de Frédéric qui en souffre lui-même, crée une de ces situations équivoques que Juliette a raison.de fuir. Avec un peu de courage vous l'oublierez.

— J'essayerai, lui dis-je; je m'éloignerai.

— Oui, dit-elle, vous avez raison, faites un voyage; mais ne restez pas longtemps absent, je ne veux pas être privée de mon ami André.

L»-,...Cuo^^lc

HADAXE EUGENIO.

|vni

Les sacriflces sont faciles en paroles. Je pris d'énergiques résolutions. Il ne fallait plusretourner île quelque temps dans le petit salon où chaque meuble, sur , lequel s'était appuyée madame Eugénie, me rappelait de trop vifs souvenirs. Je résolus de rester un , mois séparé de cetteaimable société. Un mois ! Le lendemain, j'y passai la soirée.

Cependant, par un effort sur moi-même, je retournai seul à la campagne ; mais une profonde tristesse s'empara de mon esprit. C'est dans de tels abattements qu'on sent le besoin d'épancliemeiit. La solitude me pesait : je revins à Paris sous le coup d'un découragement absolu, lorsqu'un jour je fis la rencontre d'une femme que j'avais connue jadis et qui était dans la même situation que moi.

C'était une douce créature, dont les affections plus d'une fois avaient été brisées. Elle m'écouta, me plaignit, et le long récit de mon martyre Qt que, sans y songer, elle m'accompagna jusqu'à l'avenue.

Situation équivoque dont je ne vous parlerais pas, si je ne vous avais promis de tout vous dire. Je chercliais à oublier, auprès de Cécile, les tourments que me faisait éprouver mon amour pour madame Eugciiio ; je fermais les yeux, essayant de croire que l'ombre était la réalité.

..,„.C.>ogle

MADAHE EUGENIO.

Le lendemnin, nous nous préparions à sortir, quand lout àcoup Tliércsc entra. J'aurais voulu être englouti sous terre ; c'était une grave inconvenance d'intro-

duire dans cette

maison une personne qui ne pouvait

se rencontrer avec les hôtes habituels. Thérèse salua, comme si elle avaitété son égale, la pauvre créature, qui rouf^issait et se sentait aussi gênée que moi. D'un regard l'aimable femme comprit notre embarras, et ce Tut elle qui s'excusa d'être venue nous troubler à la campagne.

— Vous ne m'en voulez pas? dis-je à Thérèse en la prenant à part.

— Vous aviez besoin d'oublier? répond! t-e!ie. Pour prouver mon repentir :

— Cécile, dis-je, pi-éparcz-vous à retourner à Paris. Pour adoucir ce qu'ut? te! renvoi avait do brusque.

Thérèse proposa de nous conduire à travers le buis, disant qu'elle serait enchantée, ce fut son mot, de se promener en notre compagnie.

La figure de Cécile s'illumina ; ces pauvres filles retrouvent quelquefois des sentiments purs enfouis sous Une corruption apparente- Impitoyable» avec les è'joistes, elles peuvent redevenir bonnes avec ceux qui savent les comprendre. En ce moment, Cécile se fût jetée dans le feu pour Thérèse. Être accueillie sans mépris par une femme d'une condition supérieure à la sienne remplissait de dévouement le cœur de celle que j'avais amenée à la campagne si imprudemment.

Vous trouvez peut-être singulière la conduits de Thérèse ; pour qui la connaissait, licn n'était plus na-

144 UADAME EUGENIO.

Uirel. Elle se serait compromise pour faire oublier à la pauvre tille le trouble qui s'était emparé d'elle à son arrivée.

Thérèse ne craignait pas !e qu'en dira-l-on ; elle ne voulait rien cacher. Comme sa conscience était sereine et son cœur pur, elle eût dit à tout le monde : j'aime Frédéric, si elle n'avait craint de trop faire souffrir son mari. C'était une femme apportant dans la vie une indépendance qui jurait avec les habitudes de la bourgeoisie. Si cette façon de voir et de sentir amena plus tard des drames douloureux, la manière de vivre de Thérèse en faisait une femme voulant le bonheur de chacun et s'efforcant de le provoquer. La sociclé admet diilicilement une vie ainsi réglée ; mais les qualités de Thérèse étaient si grandes que j'ai rcncuntrè peu de gens pour la blâmer.*

Je ne puis mieux vous donner une idée du charme qui entraînait chacun vers Thérèse qu'en vous disant que le lendemain de sa reiicontre avec Cécile, elle reçut un bouquet de fleurs rares. Eu la quittant, Thérèse lui avait offert une bague, quoique celle-ci s'en défendit; Cécile, voulant témoigner sa reconnaissance à celle qui l'avait si cordialement accueillie, lui envoya le plus beau bouquet qu'elle put trouver.

l'ius honteux de l'indulgciice de Thérèse que si elle ui'eùt accablé de reproches, ce fut une leçon pour moi, et je cherchai dans l'étude à oublier madame Eugeuio.

Peut-être aurais-je trouvé le repos si je ne l'avais rencontrée de nouveau dans le petit salon de la rue

Mo,Coo^k

MADAME EUGEMO. 149

des Bourdonnais. Ce jour-là madame Eugenio prit un ton piquant à mon anivée. Elle savait tout. Thérèse lui avait conté sa rencontre à l'avenue, et madame Eugenio m'accabla de sarcasmes, plaisantant de l'amour que je lui avais témoigne et de la rapidité avec laquelle je me consolais.

C'étaient des questions sans nombre sur Cécile. Depuis ijuelle époque connaissais-je cette personne? Quelle femme était-ce? Enfin, mille curiosités assaisonnées de commentaires railleurs auxquels je ne savais que répondre.

Quand il me fut permis de m'expliquer, je défendis Cécile, disant qu'elle avait toujours été sacrifiée entre deux amours, maintenant placée entre madame Eugenio et moi, jadis entre moi et celle qui m'avait causé de si vifs chagrins.

— Vous avez été amoureux Lien souvent? s'écria madame Ëugenîo.

— Une seule fois avant de vous avoir rencontrée, madame.

— On n'aime bien qu'au début, dit-elle; votre subite passion pour moi n'aurait pas tenu longtemps.

A cela je répondis que j'ignorais si on aimait plusieurs fois. Lancé dans des liaisons faciles, à la suite de l'abandon d'une ingrate, je n'avais trouvé que vide et désillusions; tout à coup la rencontre de madame Eugenio avait produit un tel effet sur moi, que certainement il dépassait les sensations que j'avais éprouvées jusque-là ; si, dans une extrême jeunesse, mon cœur s'était donné ti-op facilement, je ressen-

wo, Cookie

140 HADAHE EUGËNIO.

tais aujourd'hui les atteintes d'une passion nouvelle, qui me grandissait à mes propres yeux et m'ouvrait des horizons inconnus,

Madame Eugénie m'interrompit par une boutade.

— Monsieur l'amoureus, fit-elle maintenant que nous sommes amis, vous pouvez tout me dire. Vous me conterez vos liaisons avec ces personnes dont la vie est toujours curieuse pour nous autres hourgeoises ; j'esjrére cependant ne pas rencontrer mademoiselle Cécile à l'avenue.

— Elle est partie, dis-je, et je ne la reverrai jamais.

— Voilà comme les hommes traitent les femmes! s'écria madame Eugenlo.

— Ne m'accusez pas d'ingratitude, madame. Cécile est venue à la campagne sans s'attendre à y prendre pied ; et nous nous sommes quittés sans récriminalions ni reproches.

— Pauvre fille ! dit Thérèse, en jetant les yeux sur le bouquet de Cécile, placé sur un meuble.

— Ainsi votre amour pour elle est fané comme ce bouquet? demanda madame Eugenio, en secouant avec dédain les fleurs.

— Comme vous traitez mon bouquet, Juliette, dit Thérèse !

— Il est affreux, s'écria madame Eugenio.

Sur le moment, je ne pris pas gai'dc à ces rancunes. J'avais résolu de souscrire aux conditions de madame Eugenio, et je m'efforçais de changer mon amour en amitié.

Que pouvais'jc demander de plus?

Mo,Coo^]e

MADAME EUGEMIO. , 147

Je confiai tout à la charmante femme, mon passé, moi) présent et mon avenir. Elle avait le sens droit. C'était une de ces rares femmes avec lesquelles on cause comme avec un ami; elle apportait, de plus, le charme de petites taquineries féminines imprévues, et quelle joie que d'en suivre le mouvement dans ces yeux noirs immenses qui illuminaient sa figure ! Le meilleur ami, le plus affectueux et Je plus dévoué, n'a pas de tels yeux !

Madame Eugénie prêta l'oreille à mes confidences, semblant trouver une certaine jouissance à me voir soulagé des tortures de mon premier amour, pour lequel elle n'eut pas un mot de blâme ni de dédain.

Vous savez si les amoureux aiment à conter leurs peineË ! L'être qui s'intéresse à une confidence prend une partie du charme de l'objet enlevé à nos affections.

Madame Eugenio n'avait pas besoin d'emprunter ce reflet à une autre. Si elle avait parlé, je l'aurais écoutée religieusement : elle préférait m'entendre, et, fort de son attention, je ne craignais pas de descendre dans les moindres détails.

Quand les souvenirs d'amour furent épuisés, elle me questionna sur mon avenir, et me fit quelques affectueuses observations.

La vie d'étudiant que je menais alors n'obtenait pas son approbation. Sans blâmer Thérèse, madame Eugenio lui reprochait de pousser Frédéric, qui ne vojait dans Paris que la rue des Bourdonnais, à négliger SCS études.

D.8.)ZM0,COOglC

IM . MADAME EUGEIHIO.

Frédéric, suivant elle, plaçait Thérèse trop audessus de son art. Je n'étais pas alors de son avis.

— Si Frédéric et Thérèse, disais-je, doivent être un jour brisés par leur coinniune passion, il faut les plaindre sans les blâmer. Ils be bciont aimés ! Quoi de plus beau ! Tant d'êtres n'ont jamais ainiê, qui appellent amour une fantaisie ! Qu'y a-t-il de commun dans ces caprices avec l'amour, qui est une flamme dévorante, deux cœurs soudés, deux êtres respirant l'un pour l'autre? Mieux vaut être brisé à jamais et avoir aimé!

Ces conversations, qui se tenaient en l'absence du Portugais, n'eussent pas été de nature à éteindre sa jalousie. Quand il me rencontrait, il me saluait froidement, et affectait de ne pas m'adresser la parole ; mais nous trouvions une compensation dans les jours de sortie de madame Eugenio, la semaine, et ce n'était pas sans un vif plaisir, mêlé de crainte, que je dînais quelquefois à côté d'elle chez Thérèse, car à tout instant on craignait l'arrivée du Portugais.

Qu'eùt-il dit s'il nous avait vus l'un à cûté de l'autre à la même table? Il se défiait de Thérèse : ce n'était pas sans raison.

Un soir, le Portugais arriva tard, heureusement pour nous; un calme glacial résulta de son apparition. Madame Eugenio s'excusa, en disant qu'elle

.C,K,gle

HADAHE GUGENIO. 140

était venue rendre visite à Tliérèse, ayant quelques instants à dépenser ; les sourcils contractés du juif, son regard défiant, sa physionomie, montraient qu'il n'acceptait pas cette excuse.

Je n'osais regarder en face le Portugais, qui restait muet, de même que Frédéric, dont les doigts s'étaient arrêtés sur le clavier du piano.

Seule, Thérèse lit face à l'orage, parlant de mille choses indifférentes; mais le juif se leva tout à coup et dit à sa femme :

— Partons.

L'incident ne donna que plus de prix à nos rèunions; seulement on convint qu'à l'avenir la femme de chambre iruit ouvnr assez taixlivement pour que, au moindre coup de sonnette, j'eusiîe le temps de me réfugier dans la chambre voisine du salon.

Désormais nous pouvions vivre en compagnie, faire de la musique, sans exciter les soupçons du Portugais; tout le monde était dans le complot, la femme de chambre, le mari et le frère de Thérèse, qui s'étaient offerts à retenir le juif au besoin, pendant que l'un d'eux donnerait l'alarme ; mais il ne se passa rien de nature à redoubler les soupçons du jaloux.

Pendant quelque temps, je pus voir madame Eugenio sans entraves, et un soir j'obtins la faveur de l'accompagner jusqu'à une rue voisine du Palais- Royal.

Combien fus-je heureux l'hiver, pendant lequel la jolie femme me permit de l'accompagner! Nous étions seuls, enveloppés des brouillards de la Seine. Si j'a-

. Cookie

vais eu un souhait à faire, c'est que ce dur hiver continuât toute l'année.

Les jaloux ont froid. L'hiver écarta absolument le Portugais; son souvenir ne me revenait à l'esprit que lorsque j'étais obligé de laisser madame Eugenio à mi-chemin pour qu'elle arrivât seule au passage Radziwill. Elle avait une crainte extrême d'être rencontrée à mon bras ; j'insistais pour la reconduire le plus prés possible de sa maison : combat entre la prudence et l'audace qui se livrait deux fois la semaine. Il fallait-pourtant obéir, et nous ne nous quittions qu'en nous promettant de nous revoir.

Maintenant, il était rarement question d'amour entre nous; cette restriction n'en offrait que plus de charme. Vous dire mon bonheur quand je prenais le bras de madame Eugenio et que je le tenais étroitement emprisonné pendant la route, est impossible! Nous parlions peu; intérieurement une conversation muette en disait plus que des protestations passionnées, et j'étais complètement heureux de cette passion, peu tyrannique en appai-ence, qui se contentait de la vue et de l'amitié d'une femme délicate.

Ces petits bonheurs ne pouvaient toujours me satisfaire. La rencontre de madame Eugenio chez Thérèse, les précautions prises contre le mari, l'autorisation de la reconduire le soir, ne me suffirent bientôt plus. Souffrant de cette amitié dangereuse qui devait servir de contre-poison à l'amour, et qui n'avait fait qu'en activer la flamme, je le dis d'abord timidement à madame Eugenio; j'y revins à diverses reprises.

„ ,.,C,K,gIc

MADAME ECflENIO. IM

— Combien vous devenez exigeant, s'écriait madame Eugenio, et que je suis faible I

En effet, j'avais arboré franchement le drapeau de la passion, et sans cesse j'en faisais flotter les brillantes couleurs devant les yeux de la jolie femme, quoiqu'elle s'en défendit.

— Vous ai-je trompé jadis, reprenait-elle, en vous disant combien peu j'étais libre et la difficulté de nous rencontrer?

Il n'était que trop vrai. Quelquefois les nécessités du commerce de son mari retenaient madame Eugenio huit jours loin de moi, et mes inquiétudes ne cessaient qu'après que-Thérèse avait envoyé sa femme de chambre chercher de ses nouvelles.

Madame Eugenio répondait par un mot bref et froid en apparence; son mari quittant rarement la maison, elle n'osaittracer avec la plume les marques d'intérêt les plus insignifiantes, dans la crainte que le jaloux n'y jetât les yeux.

Un jour, Thérèse nous annonça, à Frédéric et à moi, que prochainement elle comptait passer quelque temps à Calais. Frédéric devint soucieux et je fus attristé moi-même , pensant que j'allais être éloigné d'une amie si dévouée. Tout à coup Thérèse , se laissant aller à une vive joie :

— Vous viendrez me retrouver !

■ La figure de Frédéric s'éclaircit.

— Et, reprit Thérèse, je compte que Juliette ra'nccom pagne ra.

Comme je paraissais en douter.

wo, Cookie

153 HADAMe ElIGENIO.

— Je ferai donner par mon médecÎQ une eonsulintion à Juliette ; elle se dira soulfrante, aura besoin de changer d'air, tout s'arrangera à souhait.

Madame Eugénie, à qui je parlai de ce projet, m'affirma que jamais son mari ne lui permettrait de s'éloigner de la maison.

— Nous ne nous verrons plus! dis-je.

Elle ne répondit pas.

— Tliérèse absente, oîi pourrai-je vous rencontrer? Madame Eugénie baissa la tète.

— Et vous croyez que je pourrai vivre un mois sans vous voir !

— Qu'est-ce qu'un mois? dit-elle, Je ne vous donne pas quinze jours pour m'oublier.

— Vous .ne le pensez pas !

— La plupart des hommes sont Ingrats. Vousmcme, avec quel sans-façon avez-vous rompu avec cette demoiselle Cécile !

Je répondis que je n'avais fait aucun serment à Cécile ; elle ne comptait pas plus sur moi que mol sur elle. Le nouvel amour qui s'était emparé de moi n'avait rien de commun avec ces liaisons de jeunesse auxquelles un jeune homme se laisse facilement entraîner, ne pouvant faire de comparaison cl se plaisant avec la dernière des coquettes parce qu'elle est femme. Plus tard, au contraire, il trouve méprisable cet objet qu'il a aimé avec ses ardentes aspirations de vingt ans, et cherche à placer ses afi'ections plus haut. Ainsi madame Eugenio effaçait pour moi le des femmes que j'avais connues.

Page 1