‹ Madame Eugenio. Histoire du Lieutenant Valentin. Le marronier. Les bras de la Vénus de Milo. Les deux amis. La sonnette de M. BerloquinChapitre 3 sur 26 · L.,-.... Cookie · texte numérisé non relu

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chirurgien Dupuis, je commence à reprendre des forces; j'ai plaisir à marcher, à revoir le soleil, et mon estomac est en meilleur état, à en juger par les absences de cauchemars pénibles qui jusque-là avaient troublé mon sommeil. Et je sortirai d'ici, monsieur, avec un souvenir de reconnaissance pour tous ceux que j'ai approchés.

— Chacun, du reste, ajouta le directeur, me fait votre éloge ; la supérieure ne cesse de me dire-du bien' de vous,

— Les bonnes sœurs et le chirurgien Dupuîs m'ont gâté, dis-je.

— C'est que nous n'avons pas souvent de malades aimables. Nous cherchons à leur être agréables par loua les moyens et ils passent leur temps à récriminer contre les divers services.

Cela amena le directeur à parler de ses fonctions faciles en apparence et difticiles par ta balance qu'il s'agissait de ne pas incliner du côté du pouvoir médical ou du pouvoir religieux, deux corps reliés par la charité et qui ne tendent pas moins quelquefois à entrer en lutle.

-^— L'adniinifitration a fort à faire, disait le directeur, et le malade ne s'en doute pas, car nous agissons dans l'ombre et nos rouages doivent être cachés.

Une semblable conversation m'entraîna à suivre le directeur qui, tout en parlant, me menait de la lingerie à la buanderie, de la buanderie aux cuisines.

Il est peu d'hommes préoccupés de graves intérêts qui n'aimentà s'ouvrira celui qui veut bien les écouter.

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tS niSTOIBE DU UEUTEKANT VALGNTI».

De même qu'un inspecteur, je vis dans tous les détails comment un hùpîtal était administré. Après quoi nous desccndimcs au jardin réservé du directeur. C'était un vaste clos planté d'arbres à fruit, de légumes, et dont une partie était réservée à l'agrément. D'épaisses charmilles séparaient le jardin des cours où se promènent les malades, et dans un coin fleurissait une belle collection de rosiers que le directeur me faisait ' admirer.

— Mes pauvres rosiers ! s'écriait-il avec un ton de regret... Demain ilsvontêtre dépouillés pourtaFète- Dieu.

■ — Ah ! la Fête-Dieu ! dis-je, caressé par un souvenir d'enfance.

— Nos sœurs veulent faire belle leur chapelle, mais au détriment de mon jardin. I) en est ainsi tous les ans... Mes rosiers sont saccagés pour orner les murs de la chapelle.

A partir de ce moment, je n'entendis plus un mot de ce que disait l'administrateur. Je n'avais que la Fête-Dieu en tête, et il me sembla que cette cérémonie était une favorable occasion pour recouvrer les bonnes grâces de la communauté.

Ayant quitté le directeur, j'allai rôder dans le corridor avoisinant l'endroit où se réunissent les sœurs, et après un moment d'attente je ne tardai pas à voir venir la supérieure, vers qui j'allai sans hésiter.

— Ma sœur, lui dis-je, je sais que vous préparez la décoration de votre chapelle pour la cérémonie de ta

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Fête-Dieu ; si je peux vous être utile en quoi que- ce soit, je me mets à votre service.

— Vous avez déjà fait preuve de bonne volooté, lieutenant, répondit la supérieure ; cette fois la besogne sera plus délicate. Vous plalt-il d'aider nos sœurs à cueillir des bouquets?...

— Rien ne me sera plus agréable.

— Ah! si tous mes malades vous ressemblaient !

— Vous êtes si bonne et si atTectueuse, ma mèi-e, que vous feriez un saint d'un mécréant.

Ce petit compliment fît sourire la supérieure.

— Demain , après la visite du médecin, je compte sur vous, ajouta-t-elle. Nous verrons à employer votre bonne volonté.

La supérieure me prit )a main et je fus touché profondément de cette marque de sympathie.

La sœur Elisabeth, qui dirigeait la congrégation, était une femme d'une cinquantaine d'années, agréable comme toutes les personnes dont la pureté de regard est pénétrante. On se sent meilleur à plonger dans ces yeux qui ont échappé au bouillonnement des passions. La mère Sainte-Élisabetb était surtout remarquable par une ligure étoffée, offrant de certaines analogies avec- la race bourbonniennc. Un nez d'une courbe agréable, et surtout un menton d'une grande finesse malgré l'embonpoint qui ne parvenait pas à en altérer les lignes, étaient les points principaux de la physionomie de la supérieure, dont. l'autorité s'appuyait visiblement sur la bonté.

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La sOBur Sainte-Elisabeth avait été favorisée par la Providence. Tout pour elle se rapportait à l'Iiô- |)ital; dans l'humanité elle ne voyait que l'bùpital, , et elle m'avoua un jour que le plus agréable mo- ' ment de la journée , pour elle, était la cloche sonnant le réveil qui lui permettait de revoir ses chei-s malades.

Tout cela était dit naturellement, sans préten- : tion; tout était fait aiec une ardeur qui n'excluait \ pas la tranquillité, et il résultait de l'exemple donné par la supérieure que les soeurs placées sous sa | direction échappaient à la plupart des petites pas- i sions dont ne sont pas exemptes les corporations religieuses. Elles s'étaient modelées sur la mère I qu'elles chérissaient, et reflétaient sa propre humeur, i C'est pourquoi les bonnes sœurs étaient vraiment bonnes et en avaient la réputation, sauf peut-être la religieuse Sainte-Marie, dont les malades se plaignaient; mais jusque-là je n'avais pu découvrir si ces reproches étaient fondés.

Je n'ai pas besoin de vous dire si le lendemain je fus exact au rendez-vous de la mère Elisabeth. Je la trouvai au réfectoire, entourée de grands paniers dans lesquels devaient être effeuillées les fleurs.

— Sivousvoulez aller au jardin, monsieur Valentin, me dit la supérieure, je vous y rejoindrai presque aussitiit. Nos sœurs me paraissent s'attarder à leur cueillette, et nous les aiderons.

J'obéis, et je trouvai dans le clos les religieuses dépouillant les rosiers de leurs fleurs et se livrant avec

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animation à un travail qu'elles jugeaient agréable à ilieu.

ËD compagnie de la supérieure, je passai une sortcde revue des travailleuses, les aidant avec un sécateur à atteindre les branches les plus hautes ; à chacune d'elles j'adressai quelques compliments sur l'ordre qu'elles mettaient à leur besogne, politesse qui était accueillie par un sourire.

Seule, la sœur Sainte-Marie me reçut avec une certaine réserve qui tenait de la Froideur. Elle me regardait certainement encore pour un personnage d'une piété équivoque, et la protection dont m'entourait la supérieure ne sulfisaît pas à me faire recouvrer la sympathie qu'avant la découverte de mes damnés livres j'avais inspirée.

Fort occupée de sa besogne en apparence, la sœur Sainte-Marie ne levait pas les yeux.

La supérieure remarqua sans doute l'accueil contraint de la religieuse, qui contrastait avec celui de ses compagnes.

— Très-courageuse au travail, caractère inégal, me dit la mère à demi-voix.

Ainsi l'opinion publique ne s'était pas trompée, la sœur Sainte-Marie était d'un commerce habituel difficile.

— Peut-être un peu fanatique , ajoutai-je à part moi, car l'explication que j'avais donnée eût dû suffire pour faire tomber la mauvaise opinion que la religieuse avait connue de moi.

Je la regardai. La sœur Sainte-Marie n'offrait pour-

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