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04 LE NARRONNIBR.
air rayonnant. Des groupes se fonnent chez le tonnelier, l'ancien maire du pays. Roblot passe devant la porte et salue jusqu'à terre ceux qui, dans un instant, introduiront son nom dans l'ume, d'oiî il doit sortir triomphant.
Dans la rue s'ébattent des enfants mangeant de grandes tartines d'une batossée noire et épaisse, qui s'étale de la bouche aux oreilles.
— Charmants enfants 1 s'écrie Boblot, qui, afin de ga<;ner le cœur des mères, embrasse les marmots et s'ombarbouille de la gluante confiture.
Tout près de là, un homme fait griller un cochon. Roblot, pour obtenir une voix de plus, entre dans le cercle de fumée épaisse que produit cette carbonnade, félicite l'homme sur la beauté de l'animal et l'achète tout entier, se condamnant, lui et sa femme, à so ijourrir, pendant un mois, de porc dont il n'a que faire.
Sur SCS lèvres, dans son attitude, dans ses regards inquiets, apparaissent clairement ces naïves manœuvres électorales qui échouent devant un bulletin qu'il trouve aux mains d'un paysan.
Roblot n'est pas inscrit sur la liste.
— Il en existe donc plusieurs? so demande le bourgeois qui a fait imprimer deux mille bulletins de vote à ta suite de délibérations ofl le curé et lui se sont trouvés d'accord sur le choix des candidats.
Roblot court à la mairie et regarde avec anxiété les paysans de la volonté desquels son sort dépend. Toutes les mains sont munies d'un bulletin de pa-
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LE VaRONKtER. »S
pier grossier qui n'a nulle ressemblance avec les élégaals votes satinés que l'imprimeur a livrés au bourgeois.
Il semble à Roblot que les paysans lui lancent un regard ironique. Qae faire, àcette heure, pour contrebalancer les manœuvres des cousins?.
Le temps court : il est trop tard ; les bulletins sont jetés dans l'ume. Ils en sont tirés. Un seul contient le nom de Roblot. C'est le sien:
Au grand désappointement du bourgeois, encore une fois la bande tout entière des cousins est réélue.
Il n'existe pas d'être plus sondeur qu'un paysan. Les questions qu'il n'ose adresser à un individu, il se les pose intérieurement.
Pourquoi Roblot veiit-il être maire? Quelles raisons l'attachent au pays 1 En vertu de quels sentiments s'intéresse-t-il à la commune? Où sontses champs, ses foins, ses froments, ses blés, ses avoines? Que lui importent les travaux de grande et de petite voirie, les réparations de chemins vicinaux, les prestations en nature?
Toutes questions qui avaient été plus d'une fois agitées sous le maironnier.sans qu'aucune d'cUcsame^ nât une ré|)onse favorable au bourgeois.
Roblot était condamné d'avance. Il lui manquait à la fois «de la terre,» etdusangde cousin dans les veines.
D'ailleurs le jardinier avait parlé. Un paysan au service d'un bourgeois est un espion et un ennemi. Poireau également avait fait ses confidences ; son aang de cousin avait pu s'altérer, à la ville, dans les aati* chambres; au village, il avait repris sa pureté. Le tonnelier, lui aussi, avait parlé. Il en résultait une série de charges accablantes, à savoir que Roblot complotait la ruine de l'arbre.
Les paysans peuvent ne pas élre doux pour les femmes, les enfants et les vieillards; ils éprouvent un sentiment de tendresse particulière pour la nature qui les environne. Il semble qu'un fond de druidisme et 'de traditions antiques les attache aux arbres. Ce sont pour eux des êtres vivants, aux progrès desquels ils s'intéressent et qu'ils regardent avec attendrissement. Un vieil arbre semble au paysan plus respectable qu'un membre de sa famille : l'arbre ne coûte pas d'argent à nourrir.
Rien que pour avoir jelé un regard de travers bur le marronnier, Itoblot était devenu un sacrilège [lour le^ gens de Marcoussy; ses libéralités, loin de plaider en sa faveur, pi-enaient la proportion de crimes. Le bourgeois ne s'en douta pas d'abord ; certaines hostilités qui saluèrent sa défaite lui prouvèrent bientôt combien il avait eu tort de quitter Paris.
Son jardin fut régulièrement pillé la nuit. Le jardinier faisait pourtant bonne garde avec son fusil ; mais toujours les voleurs s'introduisaient dans l'endroit
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Apposé à celui où veillait Jacques. Le cours d'eau qui circulait dans la propriété et la rendait verdoyante vint à se dessécher, quoique la source de la montagne ne fût pas tarie : cecours d'eau alimentait un moulin; malgré la police des caui, le meunier trouvait moyen d'en priver à sa volonté son voisin. Prières, menaces, procès, rien n'y fit. Ce meunier, un des gros bonnets du conseil municipal, avait été choisi comme le bourreau qui devait châtier le bourgeois coupable de projets destructeurs.
La session du conseil général n'amena pas la plus mince subvention pour la restauration de l'église. Bourdoulon s'était joué de Roblot, en l'entraînant à de prétendues avances qui se soldèrent définitivement par une centaine de mille francs de frais de reconstruction. Le bourgeois était tenu de rcédificr ce que l'architecte avait détruit. La visite du préfet avait été purement accidentelle, et il ne se doutait pas qu'il servait d'instrument dont jouait le trop habile architecte.
Honteux de s'être laissé prendre à des pièges si grossiers, tenu à l'écart par les paysans qui le regardaient comme un condamné libéré, Roblot vendit sa maison le quart de ce qu'elle lui avait coûté.
La veille même du jour où Roblot devait partirpour Paris, comptant boucher cette brèche à sa fortune en rentrant dans la banque, il se trouva que Torlot, qui avait besoin d'être surveillé, faisait faillite et ne laissait qu'un demi pour cent à ses créanciers.
Le séjour au village et l'envie de détruire le mar-
ronnier coûtaient à Roblot plus de sept cent mille
francs.
N'est-il pas réconfortant pour les gens qui avec peine vivent médiocrement de leur travail, pour coux qui pâlissent, de voir l'argent engendre par l'argent, l'argent maudit, qui a causé tantde chagrins et de ruines, s'échapper, à un moment donné, de la caisse d'êtres égoïstes et sans intelligence, et se répandre en travaux qui semblent inutiles et pourtaut mettent en action des bras nombreux ?
Et c'est pourquoi la ruine des Roblot m'a toujours laissé un vif contentement au cœur.
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Le coin noÎF du Palais-Royal, formé par l'angle de la rue de Valois et de la rue Beaujolais, a toujours réveillé en moi de vifs souvenirs; mille personnages singuliei-s y passent, depuis le neveu de Rameau jusqu'à Camille DesmouUns. Les Incroyables le traversent pour se rendre au café de Foy ; les militaires y poursuivent des amours faciles ; des joueurs ruinés sortent du fameux 113 et coudoient de malheureux cabotins qui s'en vont au café des Aveugles. La fille relève sa robe pour se montrer dans la fraîcheur de ses atours, et les provinciaux ouvrent de grands yeux, élonnés du luxe asiatique de ce Palais-Roya) aux galeries de bois.
La République et l'Empire donnèrent du relief à ce coin de Paris, qui subit également l'influence de la
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Restauration, clairement marquée parle nom de Rad-
ziwill appliqué au passage le plus étrange du Paris
moderne.
Jadis les badauds s'extasiaient sur la maison que ce passage traverse, et qui était alors la plus élevée de toutes les constructions de Paris. Aujourd'hui cette maison a perdu sa réputation ; les passants s'y aventurent rarement, et, dans les transformations incessantes de Paris, elle est inévitablement destinée à dispa- ^ raltre.
Il est encore temps aujourd'hui d'aller la visiter, et les gens curieux du Paris de la Restauration peuvent s'engager dans ce passage noir qui se replie plusieurs fois sur lui-même, et arrête le passant par des angles et des détours que la lumière du jour éclaire à peine. L'œil, après s'être habitué ii l'obscurité, rencontre une haute cage d'escalier, qui donne mieux l'idée de l'extrême élévation de la maison que la façade extérieure ; mais qu'ils sont à plaindre les gens entassés dans cette étrange bâtisse qui rappelle les tristes traversées de Lyon !
Ce fut là qu'un jour je rencontrai un jeune homme qui considérait avec une vive attention la façadc" de celte construction. Un homme qui regarde attentivement une chose mérite d'élre regardé. Celuilà se faisait remarquer par une figure pâle, animée par des jeux noirs et pénétrants, qui semblaient traverser les murs de la maison. Il y avait dans la personne du jeune homme quelque chose d'abattu, de brisé, qui intéressait tout d'abord. A sa profonde attention,
OD comprenai iDurs; la mai regard attenti
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it qu'il ne contemplait pas de simples ison semblait un livre pour lui, et son f faisait penser à celui d'un savant qui déchiffre des manuscrits effacés.
Le jeune homme ne s'inquiétait pas des allants et Tenants; absorbé par son idée, le mouvement de la me lui importait peu ; ainsi je pus l'étudier à loisir. Ses vêtements ne trahissaient rien de significatif. De la cravate roulée négligemment se détachait un cou d'une extrême tinesse, qui était la principale beauté de l'inconnu; mais sa figure, sans être régulière, commandait l'attention. Le front plissé, les jones creuses semblaient donner asile à de vifs chagrins. Au premier aspect, l'homme pouvait paraître froid et indifférent ; ces apparences sont souvent le partage des natures délicates, froissées au contact des gens vulgaires, et qui, dans l'intimité, deviennent tout àcoup chaudes et expansives.
Comme le jeune homme semblait, ne pas devoir quitter la place de sitdt, je m'en allai, emportant avec moi le souvenir d'une physionomie sympathique qu'on est heureui de retrouver.
On verra peut-être dans ce que je vais dire une idée romanesque. J'ai rarement fait la rencontre d'un être singulier sans le retrouver à un moment donné. 11 m'intéresse, il m'appartient. Je ne cours pas après lui, il semble poussé vers moi.' Les femmes et les hommes qui m'ont frappé dans la foule m'apparaissent de nouveau tout à coup, conduits vers moi comme par un mystérieux pouvoir. J'attribue le
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bénéfice de ces singulières rencontres, quelquefois séparées par des années, à l'activité du regard qui le met en arrêt sur ce qui lui semble digne de curiosité ; aussi retrouvé-je six mois après mon inconnu , dans les environs de la rue de Valois. ^
— 11 vient du passage Radziwill, pensai-je.
Comme il entrait dans le Palais-Rojal, je )e suivis, frappé de sa démarche indécise, qui le poussait de côté et d'autre, un peu comme une âme en peine.
C'était au printemps : un nant soleil illuminait le jardin; des bandes d'enfants se tenant par la main chantaient une ronde , non loin du café de la Rotonde. Je pris une chaise, et bientôt l'inconnu, comme attiré par l'aimant, vint s'asseoir à mes côtés, ce qui ne m'étonna pas, pensant au destin ijui répondait ainsi à mes secrets désirs.
Inutile de dire comment, après quelques mots de conversation amenés par la vue des enfants, je me trouvai aussi à l'aise avec mon nouveau compagnon que si jo le connaissais depuis de longues années. Peut-être une affmité secrète nous entralnait-elle l'un vers l'autre.
A quelque temps de là, nous nous quittions rarement; une confiance réciproque, des goûts communs nous faisaient nous rencontrer avec autant d'intérêt que de plaisir.
Un jour que la conversation roulait sur l'amour :
— Jamais, me dit André, les romanciers ne le feront connaître complètement; ils savent peindre
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la passion et ses désordres, mais bien des nuances, ils n'osent les approfondir.
Là-dessus je me récriai.
— Les écrivains ne peuvent t«ut dire, reprit André ; obligés de faire des concessions au public sous peine de ne pas lui plaire, ils ajustent un dénoùnieot fictif à une histoire véritable, fondent dix personnages dans un même moule pour en tirer un à peu près réel ; c'est avec le souvenir de plusieuis femmes souvent dissemblables qu'ils fabriquent une sorte de poupée ; et ils croient, avec ces singuliers mélanges, peindre la nature! Il faudrait, continua André, rendre ia passion dans toute sa sincérité, avec ses transports, seâ laideurs, ses beautés, ses bassesses, sans s'inquiéter des lecteurs ; écrire un tel récit comme sont écrits les mémoires personnels! Ah! j'ai souvent pensé à confier au papier tout ce -que j'ai ressenti.
En parlant ainsi, la ligure de l'homme s'animait; sous la mélancolie se réveillait une ardeur de jeunesse. Un dnime bouillonnait au fond de ce cceur, et j'engageai mon ami à l'écrire.
~~ Il me semble, dit-il, que je me débarrasserais pour toujours de souvenirs charmants et cruels, et qu'en les retraçant avec une plume, je les perdrais à jamais. Cette Juliette, que j'ai tant aimée, doit rester en moi...
Il s'arrêta et reprit tout à coup :
— Elle demeurait dans la maison du passage Radziwill, devant laquelle vous m'avei rencontré...
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Un instant ses jeux plongèrent en moi, comme pour me sonder.
— Vous plalt-il de faire un tour au l>ois? s'écriat-il.
Là-dessus, ayant pris mon bras, mon compagnon se laissa aller à ses souvenirs.
Il y a une dizaine d'années, dit André, je finissais mes études de droit sous le coup d'un abattement I que connaissent ceux qui ont été rudement éprouvés par une première passion. Lié à une créature coquette, je fus indignement trahi par elle. Un jour le TOîle s'était déchiré, et je me retrouvais le cieur brisé, maudissant l'amour et enveloppant toutes les femmes dans un égal mépris..
Si cette créature eut connu sa puissance, elle m'eût , enchaîné à jamais, disposant de ma vie tout entière. , Heureusement elle ne le voulut pas ; mes minces ressources ne me perpiettaient pas de satisfaire h ses caprices : elle m'abandonna tout à coup, s'épargnant ■àes récriminations qu'elle connaissait de longue date.
En partant elle emporta mon cœur, ma gaieté, mes croyances, ma jeunesse, et me laissa comme un tison solitaire que rien ne saurait rallumer; du moins le <
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pensaîs-je ainsi. Mon passé, mon avenir semblaient un amas de cendres où l'on eût cherché en vain une étincelle.
Pendant deux ans que dura cette liaison, j'avais rompu toute espèce de l'elations avec le monde. Elle et moi nous nous suffisions ; à peine de rares amis ve* naient-ils de temps à autre faire diversion dans notre retraite.
Cette hrusque rupture me montra les dangers d'une solitude aigrissante, et je retournai voir mes amis, entre autre&un aimable garçon, musicien de son état, qui , malgré une vie difficile , conservait toujours une précieuse bonne humeur. 1) avait à la fois le sentiment du beau et du gai ; suivant l'état de mou esprit, je n'avais qu'à le prier de me jouer du Beethoven ou un pont-neuf, pour qu'aussitôt il se mit au piano, prêt à satisfaire ma fantaisie.
Frédéric occupait, dans les environs du Lusembourg, un assez vaste appartement pour que je pusse en disposer de la moitié. J'y installai mon bagage d'étudiant : la musique, les nombreuses connaissances qui venaient dans cette maison, me tirent oublier momentanément mon chagrin.
J'étais jeune, les ressorts n'étaient que rouilles par la funeste liaison avec )a femme qui m'avait abandonné ; aussi repris-je ie dessus.
Un soir, Frédéric m'invita à l'accompagner chez du riches négociants de la rue des Bourdonnais^ Tel était son système de fréquenter diverses classes de la société, de se lier avec toutes soites de gens, qui, grâce
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à sa boane humeur et ses façons aimables, lui ouvraient immédiatement leurs portes; mais un reste de tristesse que je ne parvenais pas encore à dissiper, fit que je refusai l'offre de Frédéric. Les arbres, la verdure, les fleurs étaient alors mes seules distractions, et l'ouverture des portes du jtrrdin du Luxembourg me trouvait toujours le premier comme le dernier, sauf aux heures d'abattement que Frédéric me faisait oublier par sa gaieté.
Me promenant un jour dans la Pépinière, je le rencontrai donnant le bras à une jeune femme, en compagnie d'un homme qui la suivait.
— Madame, dit Frédéric en s'arrétant tout à coup, permettez-moi de vous présenter mon ami André.
Je saluai la jeune femme, qui me fit des reproches de ne pas avoir accepté son invitation, et elle engagea son marî à se joindre à elle pour rompre ma sauvagerie.
C'était une personne empreinte d'une grâce aimable ; comme elle me pressait de revenir sur ma détermination, je ne pus refuser plus longtemps.
La rue des Bourdonnais , qui sonnait mal à mes oreilles par la nature du commerce de draps qui y est installé presque exclusivement, prit dès lors un rayonnement particulier, emprunté à la distinction de la jolie femme, et je questionnai Frédéric sur ce nouveau monde au milieu duquel il avait pris pied depuis quelque temps.
L'appartement des parents de Frédéric donnait en face de celuid'un marchand drapier. Quelquefois ¥ré-
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déric se mettait au piano, et comme h rue des Bourdonnais est peu bruyante, de sa fenêtre la jolie femme avait écouté le musicien. La voyant s'intéresser à la musique, Frédéric l'avait saluée ; ainsi des rapports familiers s'étaient établis au début.
Quand la saison des fleurs fut venue et qu'un enca^ drement de lierres et de cobéas garnit la fenêtre où se tenait habituellement mon ami, la voisine proposa de tendre une corde à travers la rue, afin de relier les deux fenêtres par un même rideau de feuillage.
Frédéric profita de l'occasion, s'introduisit dans la maison, complimenta la jeune femme sur son goût pour les fleurs, et, apercevant un piano dans !e coin de la chambre, l'ouvrit et s'y installa sans en demander la permission.
Loin de déplaire, ce sans-fai^n fut trouvé piquant : ainsi l'art triomphant planta son drapeau dans la rue des Bourdonnais.
La voisine aimait la musique; elle avait reçu, comme beaucoup de jeunes filles , cette singulière éducation qui consiste en éléments d'arts, dont elle ne connaissait que les aridités. Son premier acte de liberté, à sa sortie de pension, avait été de les oublier; mais en entendant un véritable artiste, eile se repentait d'avoir si mal profité de ses premières leçons. Frédéric l'engagea vivement à se remettre au piano et jura qu'il se faisait fort, en quelques mois, de mettre sa voisine en état de se procurer de vives distractions.
Les leçons commencèrent. Le nouveau maître
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en faisait tous les frais. A chaque séance, il jouait son répertoire de musique facile et gaie, chantant (tes mélodies de sa composition, qu'écoutait la jeune femme avec une attention particulière. ■
Ce sont de bonnes heures que celles dérobées au commerce, qui offre peu de charmes à un esprit délicat.
Thérèse jouissait maintenant de quelques instants de liberté pour prendre ses leçons; elle recevaitFrédéric quelquefois seule, sans que personne y apportât d'obstacles. Frédéric fut bientôt aussi lié avec le mart qu'avec la femme. 11 plaisait à tous, et un jaloux seul eût pu s'inquiéter des visites assidues de mon ami.
Frédéric s'Implanta dans cette famille, l'anîmaat de sa gaieté, et jetant dans un intérieur bourgeois un peu de ces fantaisies qui charment tant ceux qui de l'art ne goûtent que le miel.
On l'invita souvent à passer la soirée, et quand par hasard il manquait à ces réunions, aussitôt le vide se faisait sentir.
Frédéric, en me contant ces détails, ne tarissait pas en éloges sur ses nouveaux amis, et s'appliquait à enlever de mon esprit les impressions fâcheuses d'un monde que j'avais jugé un peu bourgeois. Comme je n'étais pas dans l'intimité de ces personnes, les apparences me les montraient sous un' faux jour, disait-il. En effet, les événements qui suivirent me firent changer d'opinion.
Le frère de Thérèse tomba gravement malade; la souffrance s'était appesantie sur lui sans caractères
prononcés, et deux médecins en étalent réduits à des secours impuissants. Frédéric proposa d'amener un étudiant de ses amis, non pas insouciant cummc lui, disait-il, mais proclamé déjà par ses camarades grand praticien futur, déplus, disciple favori d'un des meilleurs médecins de la Faculté.
Le jeune docteur eut la bonne fortune d'affirmer sa science par une amélioration dans l'état du malade, auprès duquel il passa plusieurs nuits, lui prodiguant des soins attentifs, et Frédéric recueillit le plus pur de la reconnaissance de la famille tout entière.
L'événement répondait à ses promesses. Tout ce qu'il dit dès lors passa pour parole d'Évangile, tout ce qu'il Gt parut marqué au coin du génie. 11 se créa de la sorte dqns cet intérieur des amitiés vivaces fit durables.
Le convalescent, qu'on avait transporté dans une chambre voisine de l'appartement de Thérèse, se rétablit promptemcnt, grâce aux distractions dont cet endroit était le théâtre. Frédéric quittait à peine la maison, jouant son répertoire pour égayer le frère de Thérèse. Quand il était fatigue du piano, il prenait des crayons et faisait le portrait des amis de la maison.
C'était un garçon ingénieux, divertissant ceux qu'il fréquentait par les nombreuses ressources de sa nature. Vous pensez quel effet produisaient dans la rue des Bourdonnais ses talents réunis de peintre et de musicien, joints surtout à une bonne humeur inaitémble.
Le retour à la santé du frère de Thérèse fut fête par
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un gai repas, dont la place d'Iionneur fut réservée naturellement à notre ami, l'étudiant Lambert.
Pour la première fois je fus frappé de l'attitude du mari de Tliércse, qui prenait rarement part à la conversation. Il ouvrait de grands yeux fixes et, sous d'épaisses moustaches, laissait voir une bouche dont le dessin sans finesse n'indiquait pas une vive intelligence; n'entravant d'ailleurs aucune des fantaisies de sa femme, il souriait volontiers aux caprices de Frédéric, et montrait qu'il ne demandait pas mieux que d'y prêter son concours, si la nature eût favorisé son caractère de quelques gaies spontanéités.
Avec le père de Thérèse, vieillard d'humeur facile, telle était la société habituelle, à laquelle venaient se j(yndre quelques amis.
Je fts connaissance avec ce petit monde au diner destiné à célébrer la convalescence du frère de Thérèse, et je revins de ma première opinion.
Comme je saluais la maîtresse de la maison :
— Appelez-moi Thérèse, dit-elle; vous êtes l'ami de Frédéric, je veux que vous soyez également mon ami.
De la jeune fille, Thérèse avait gardé les privilèges : en elle rien de calculé, tout était imprévu. Elle voulut que chacun l'appelât Thérèse tout court, et il fallut lui obéir. Ainsi elle mettait ses hôtes sur le pied d'une franche camaraderie, et ce qui eût paru singulier partout ailleurs semblait naturel dans son salon.
Le diner fut d'une cordiale gaieté ; on ne voyait que figures souriantes, gens aimant la vie et ues'altachanl
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pas à de misérables intérêts. Ma mélancolie disparut au milieu d'une telle société, et j'eus peu d'eiTortg à faire pour me mettre il l'unisson.
Je me sentais renaître, et intérieurement je me disais : Je puis donc encore être heureux.
Le repas fut troublé tout à coup par Thérèse, qui pâlit et se renversa sur sa chaise.
Frédéric, qui était à cùté de Thérèse, la conduisit, aidé de sou frère, dans la chambre voisine. Le père et le mari ne s'étaient pas levés de table, malgré le trouble produit par cet accident. Je m'en inquiétai, ainsi que Lambert, qui voulut lui porter des soins.
— Laissons-la reposer, dit le père de Thérèse ; la moindre eicitation amène cet étal.
Le frère de Thérèse revint bientôt avec Frédéric.
— Ma sœur désire rester seule un instant, dit-il ; elle vous prie, messieurs, d'excuser le trouble qu'elle ajeté dans votre réunion.
Le père ajouta que sa fille, d'une extrême délicatesse, pouvait à peine supporter même les joies de la famille, sans qu'aussitôt une attaque, de la nature de celle dont nous avions été témoins, ne vint déranger sa frêle machine ; de son côté, le mari nous prévint que sa femme, au bout d'un instant, reviendrait, sans qu'il restât aucune trace de cette secousse.
La mère de Thérèse, morte jeune, lui avait communiqué une extrême délicatesse d'organes, sur lesquels agissait le moindre événement.
Une demi-heure après, Thérèse reparut souriante, redoublant d'amabilité pour faire oublier le nuage qui
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avait passé sur noire réunion, et la soirée se passa gaiement en conversations mêlées de chants, de danse et de musique, dont naturellement Frédéric était l'ordonnateur.
Comme nous nous disposions à partir :
— Ami André, me demanda Thérèse, nous revicndrez-vous maintenant?...
Puis elle ajouta, s'adressant directement à Frédéric :
— Pour vous punir, je ne vous donnerai pas la main ce soir.
Frédéric se troubla.
— En me conduisant à ma chambre, dit Thérèse en présence de tous, monsieur Frédéric m'a serré les mains, mais d'une force!...
Frédéric baissait les yeux.
— Mais je ne sais pas garder rancune, dit Thérèse en tendant ta main au pianiste, qui à peine osa toucher le bout des doigts de la jolie femme.
Emu du reproche que venait de subir Frédéric, il me semblait que j'étais le coupable. Mes tempes battaient, mes oreilles bourdonnaient, et en sortant je n'osai regarder en face le père ni le mari de Thérèse.
Après quelques pas dans la rue :
— Nous ne pouvons retourner dans cotte maison, dis-je à Frédéric, qui, la tète basse, ne -répondait
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A la suite de cet iacident, quelques jours se passèrent, pendant lesquels Frédéric se montra à peine ; il partait le matin, rentrait tard, etcomme la disposition de l'appartement permettait à chacun de nous de vi- ^tc suivant sa fantaisie, je respectai la solitude de mon ami. Cependant, le samedi, Frédéric resta toute la journée à la maison et me parut soucieux.
Je n'osai lui demander des nouvelles de Thérèse, lisant sur la ligure de mon ami combien il éprouvait de regrets de son audace. J'attendais des confidences; Frédéric se tut et sortit dans un état de tristesse qui contrastait avec sa gaieté habituelle.
Peu d'instantsaprès, on frappait à la porte; j'ouvris.
C'était Thérèse.
— Frédéric? s'écria-t-elle.
Je pus à peine i-épondre, troublé par cette visite imprévue.
— Je venais, dit Thérèse, chercher ce méchant garçon que chacun réclame, mais je vous emmène, André. Au moins, vous êtes aimable de vous tenir à la disposition d'une femme qui se donne la peine de vous enlever.
Je cherchais quelque formule banale pour cacher mon émotion, et je disais combien Frédéric serait fâché de ne pouvoir accepter cette invitation.
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— Nous !e trouverons, dît-elle, il le faut; vous irez à l'heure de son dîner l'enlever à ses parents.
Lorsque nous fûmes dans la rue, Thérèse prit mon bras :
— Votre ami et vous, reprit-elle, n'êtes guère polis.,, Six grands jours sans venir me rendre une petite visite !
— Madame,... dis-je, n'osant parler de l'incident qui avait terminé la dernière soirée.
Thérèse me regarda en souriant comme si elle lisait dans ma pensée :
— Pour une innocente taquinerie de ma part, j'espère que ni vous ni Frédéric ne songez à vous brouiller avec moi. Ai-je été trop loin, raurais-jeblessé?Parlez, je suis curieuse ; je veux tout savoir.
— 11 ne m'a rien dit, madame.
— André, prenez garde de mentir.
— Je vous assure, madame
— Mais vous, à la place de votre ami, qu'eussiez vous pensé?
— J'aurais été tenté de me jeter à la Seine.
— Les hommes sont singuliers! dit Thérèse. Se noyer parce qu'une femme se plaint qu'on lui a pressé la main !
Tout en devisant, nous étions arrivés au pont Neuf. Le ciel était bleu et colorait gaiement la Seine. Le soleil dorait les horizons accidentés de Passy. Toutes choses étaient touchées discrètement par les premiers rayons de printemps : l'eau, les arbres, les toits des maisons, et une joie secrète de voir fuir l'hiver se
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montrait dans les mouvements des passants alertes.
— Le joli temps, dit Thérèse, et qu'on serait heureux aujourd'hui auï environs de Paris! Quand nous serons réconciliés avec Frédéric, me promettez-vous de cheiTher pour moi, de concert avec lui, une petite maison de campagne?
Je l'assurai que chacune de ses fantaisies était un ordre.
— Là, nous nous moquerons des ennuyeux et des gens qui restent enfermés dans leurs tristes boites parisiennes. Vous pourriez demeurer à la campagne toute )a semaine. Le samedi soir nous irions vous retrouver; on se divertirait de son mieux jusqu'au lundi matin
Comme Thérèse parlait, je sentis tressaillir son bras. — 11 est à la fenêtre ! s'écria-t-elle. Tout à la conversation de la jolie femme, j'avais oublié Frédéric.
— André, dit-elle, montez chez lui et amenez-le mort ou vif...
Frédéric ne se fit pas prier, quoiqu'il fût en proie à une certaine agitation. De sa fenêtre on plongeait dans l'appartement de Thérèse, et il s'inquiétait de né pas l'y voir.
— Monsieur nous boudait, dit-elle à son mari en tendant la main h Frédéric. II faut que j'aille le relancer dans son quartier pour avoir de ses nouvelles... Pour obtenir votre pardon, jouez-nous quelque mélodie avant de dîner. Vous avez dû composer de nombreux morceaux de musique depuis si longtemps qu'on ne vous a vu?
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— Je n'ai rien fait, dit Frédéric.
— Ah! dit Thérèse,.
Et elle sautillait dans la chambre comme un oiseau, souriant à Frédéric et s' efforçant de lui faire oublier rimpressioil de la dernière soirée.
Chacun vint au-devant de Frédéric, le père et le frère de Thérèse, tous, la figure cordiale, témoignant que l'indiscrétion de la jolie femme avait été regardée comme une boutade sans conséquence. Surtout le mari de Thérèse, sortant de sa réserve habituelle, donna à Frédéric des marques particulières de cordialité.
Pendant le diner, la question de la maison de campagne fut accueillie aux acclamations de tous.
Frédéric cl moi fûmes chaînés de découvrir un nid perdu dans le feuillage, et dès le lendemain nous parcourions les alentours du bois de Boulogne.
Du côté de l'Arc de l'Étoile, le boulevard extérieur conduit à un rond-point auquel aboutissaient, à cette époque, des avenues bordées de maisons sans prétentions ; la civilisation n'avaitpas encore semé ses moellons de plâtre sur la verdure des prés, ni converti les champs de blé en restaurants.
C'était alors une véritable campagne à la porte de Paris ; avant que le bois de Boulogne fût converti en parc, à de certains endroits, la semaine, on pouvait encore trouver la solitude.
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MADAME El'GËNlO. 110
Nous avisâmes une petite maison à deux étages, composée do quelques chambrettes, et ce fut une grande joie pour Thérèse.
Tout était feuillage dans cette avenue accidentée, où de grands champs, séparés par de vastes prairies, conduisaient au plateau de Passy.
La charmante habitation, et quels souvenirs nous avons laissés à chaque pierre! La maison n'est plus, tout a été transformé. 11 ne reste aucune trace de notre bonheur; et c'est pourquoi, quand je veux raviver mes souvenirs, le sombre passage Badziwill, en face duquel vous m'avez rencontré, m'attire.
Pour ne pas fatiguer votre attention, je passe nombre d'incidents qui curent lieu au début de l'installation de notre petite colonie; je demeurais quelquefois une huitaine en compagnie de Frédéric, sauf les jours où ses affaires l'appelaient à Paris. Nous parcourions le bois, de grand matin, sans rencontrer personne autre que des palefreniers promenant leurs chevaux, ou, au détour d'une allée, une amazone matinale qui se reposait des fêles de l'hiver sous les vertes fraîcheurs du feuillage.
Le bois n'était fréquenté que le dimanche. C'étaient une grosse joie qui éclatait de chaque taillis, des cris, des poursuites entre jeunes gens et jeunes filles, partout des bourgeois étendus sur l'herbe, partout des groupes affames autour d'un pâté et de bouteilles, enfin la population endimanchée que vous savez.
Les dimanches, nous nous tenions renfermés dans la maisonnette, et Frédéric était condamné au pianO
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forcé ; il devaitnoUs faire entendre les meilleurs fragments des nouveaux opéras, ses compositions, tout son répertoire de la semaine.
Chacun vivait dans un parfait accord d'idées et de plaisire',. Les parents de Ttiérèse témoignaient la plus vive alTectiou pour le groupe étranger, composé de Frédéric, de Lambert et de moi, qui s'était soudé, pour ainsi dire, à la famille.
Les excentricités mêmes étaient vues d'un bon œil, et je ne vous fatiguerai pas du récit de nos folies dont le piquant n'existe que dans la spontanéité, et qui plus tard, racontées froidement, font l'effet de masques lamentables rentrant le mercredi des Cendres.
Je m'étonnai toutefois que Frédéric me laissât seul à la campagne, à de certains jours de la semaine : quoiqu'il donnât à Paris quelques leçons, il n'était pas homme à perdre un rayon de soleil, et la moindre éclaircie dans le temps lui faisait sacrilier ses élèves sans remords.
Le rayon de soleil n'était pas dans l'avenue Princesse, mais dans la maison de la rue des Bourdonnais, où Frédéric redoublait d'assiduités auprès de Thérèse.
Dans ma candeur, je n'avais vu qu'agréables relations, franche amitié, là oi^ la passion commençait à poindre.
Sans Frédéric, la solitude me pesait. J'avais besoin de rencontrer quelque figure souriante, et j'allai rendre visite à Thérèse.
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— Elle est sortie, me dît son père, mais elle ne tardera pas à.rentrcr; voulez-vous l'attendre un moraent?
Je montai au premier étage et j'attendis.
Tout à coup la porte s'ouvrit précitamment, et Thérèse parut, pâle, défaite, pleine d'émotion.
— André ! s'écria-t-elle en me prenant les mains et en fondant en larmes, le ciel vous amène... Que je suis malheureuse, et que votre ami est coupable I
Je me taisais, ému du desordre de Thérèse.
— Emmenez-moi, dit-elle, je ne saurais rester ici... Si mon mari rentrait!
— Partons, dis-jo, craignant l'étit d'exaltation dans lequel se trouvait la jeune femme.
— Non, dit-elle, pas avant d'avoir tout avoué à mon mari.
— A votre mari!... Que s'est-il passé ?
— Ah ! s'écria-t-clle en se tordant les mains.
— Je vous en prie, Thérèse, soyei plus calme. Des bruits de pas se firent entendre dans l'escalier.
— Je suis perdue, s'écria-t-elle, perdue pour toujours !
Elle était tombée sur un fauteuil, la tète sur la poitrine, affaissée, anéantie, l'n tel désordre régtiait dans sa personne que les leux les moins prévenus devaient se fixer immédiatement sur elle. Pour moi, l'inquiétudC' m'empêchait de réfléehir aux conséquences de cet incident bizarre, si le mari de Thérèse se présentait tout à coup.
— Partons vite, dit-elle en se relevant brusquemenl
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