‹ Madame GuyonChapitre 104 sur 156 · CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ

défunt archevêque. L'archevêque de Reims eut le provisorat de la Sorbonne; l'évêque de Noyon, le cordon bleu ; Bossuet, la supériorité du collège de Navarre ; de Coislin, le cardinalat (1).

Restait Tarchevêché de Paris.

M™® de Maintenon courut k Saint-Cyr, mettre sa communauté en prière, pour demander au ciel un archevêque qui ne ressemblât pas k celui qui venait de mourir. Trois noms étaient proclamés par la voix publique : Fénelon, de Noailles et Bossuet. Fénelon, si récemment nommé k Cambrai, se trouvait, par Ik même, écarté. Bossuet manquait de naissance. Il est vrai qu'il était, par sa science, par ses travaux, par ses vertus, par l'éclat de sa gloire et de son génie, le premier évêque de l'Église : c'était mieux. C'était trop. Il fallait un grand nom ; on ne voulait pas d'un grand homme. C'eût été comme une autre majesté, assise auprès du roi, sur le premier trône épiscopal de la France. De Noailles, prélat vertueux, médiocre et titré, était l'archevêque qu'il fallait k la cour. Du reste, M""® de Maintenon le voulait (2). Elle s'était accoutumée k lui depuis les conférences ; il ne dui imposait pas. Quelquefois, elle lui demandait des conseils; d'autres fois, elle lui en donnait, et qui n'étaient pas sans malice. « J'ai diné, il y a quelques jours, chez M. de Pontchartrain, lui écrit-elle; il lit beaucoup de railleries, fort aigres, sur le Monseigneur que les évê-

(1) M. de Harlai était cardinal nommé par le roi.

(2) « EUe fait semblant qu'eUe souhaite que le B. (le bon abbé, Fénelon) ait la place ; elle Tempéche assurément et fait croire le contraire. Ceci m'est donné sous un grand secret; ne le dites à personne. » (Lettre inédite de M»* Guyon au duc de Chevreuse, août 1G05.)

ques se donnent, et dit que saint Ambroise et saint Augustin ne s'en étaient jamais donné. Voyez si, dans tous les temps, les Pères de TÉglise ne sont pas bons k suivre (1). »

Il y avait enfin une considération qui dominait tout : M"** d'Aubigné, ni«»ce de M*"® de Maintenon, allait épouser le comte d'Ayen, neveu du futur archevêque.

M"™® de Maintenon ne pouvait guère compter sur l'approbation des Jésuites ; on ne leur parla de rien. Mais n'allaient-ils pas faire payer cher au nouvel archevêque le tort impardonnable d'être arrivé sans eux? On était prêt : « S'ils le fâchent, on priera le pape de le faire cardinal (2). »

Son parti pris, M""® de Maintenon consulta, et reçut, comme il arrive, des avis conformes à ses désirs.

« Plusieurs pensent, lui dit le curé de Versailles, que si M. de Fénelon n'eût pas été placé depuis peu, le choix tomberait sur lui ; et on le désire si fort, que l'on voudrait que cette première grâce du roi ne fût que l'avantgoùt d'une plus grande. — Vous savez, interrompit M"™® de Maintenon, ce qui nous a empêchés de le proposer; mais M. de Mcaux et M. de Chàlons nous restent: auquel des deux vous arrêteriez-vous? — A celui qui refuserait, répondit le curé, et certainement M. de Châlous n'acceptera pas (3). »

C'était vrai, comme il est vrai qu'il y a des résistan-

(1) Lettre du 22 octobre 1595.

(2) Lettre de M»« de Maintenon à M»» de Saint-Géran, 24 août 1696. « Monseigneur, disait Tabbé Boileau, vous serez plus grand en mettant ce chapeau sous vos pieds qu'en le mettant sur votre tête. » M. de NoaiUes ne comprit rien à cette théorie de la grandeur.

(3) Bausset, Histoire de FéneUm, liv. ii, chap. xxxi.

Page 1