CHAPITRE XII. - SECONDE CAPTIVITÉ
ces qui finissent toujours par se laisser vaincre. « Est-il permis, écrit M°*® de Maintenon k Févêque, de préférer le repos au travail, et de refuser une place que la Providence . vous donne, sans que vous y ayez contribué (1)? » Et quelques jours plus tard : « Il faut quelquefois tromper le roi pour le servir ; et j'espère que Dieu nous fera la grâce de le tromper encore, a pareille intention, et de concert avec vous (2). » Dangereuse théorie! Mais que de séductions pour la vanité, pour Tambition, pour le zèle même et la conscience d'un évêque !
M. de Noailles céda. Même il obtint pour son jeune frère, qui n'avait pas encore Tâge canonique, cet évéché de Châlons, qu'il avait la douleur de quitter.
« On applaudit k ce choix : les uns y voyaient un évêque selon le cœur de Dieu; d'autres, un évêque selon cœur de M™® de Maintenon et du roi. Les jansénistes y virent une victoire; les Jésuites se joignirent hautement aux acclamations publiques, et témoignèrent peut-être plus de joie au dehors que ceux qui en sentaient le plus au dedans. Ils recherchèrent publiquement l'amitié du nouvel évêque ; et après avoir bien vécu avec un 'pasteur peu sévère, ils voulurent faire voir qu'ils étaient capables (le bien vivre avec un saint. » Mais « ils résolurent, dès le premier moment, de gagner l'archevêque, c'est-à-dire de le subjuguer ou de le perdre (3). »
Bossuet, pendant son séjour a Versailles, s'était en-
ci) Lettre du 13 août 1695.
(2) Lettre du 18 août.
(3) D'Aguesseau, Mémoire .mr les affaires de l'Eglise de France, au tome XIII des Œux^res complHes.
Irctenu avec M"™® de Maintenon de Taffaire du quiëtîsme. M*""^ Guyou s'était soumise ; elle avait signé les articles ; elle avait reçu la dérense de dogmatiser et d'écrire : tout était fmi.
Tout restait k faire. Et même, k le bien prendre, c*est en arrière qu'on avait fait un pas : Bossuet avait reculé devant une dévote. Cette pureté de la foi, cette intégrité des mœurs, sur lesquelles on jugeait avantageux de laisser, du moins, planer un doute, ne venait-il pas de les reconnaître et de les proclamer? Bossuet sentit son tort. 11 feignit de ne pas savoir que M"" Guyon Uïi sortie des Visitandines et, au bout de huit jours, il lui écrivit de Paris : « Vous pouvez, madame, aller aux eaux. Vous ferez bien d'éviter Paris (1). »
C'était faire croire que M"** Guyon avait quitté Meaux, sans l'agrément et k l'insu de son évéque. Mais quelle apparence y avait-il que la supérieure du couvent, chargée de veiller sur elle, l'eût ainsi laissée ftiir? On n'hésita pas : elle avait sauté par dessus les murs. Enfantillage ! Est-ce que les murs d'un couvent sont bâtis de façon k être escaladés par les filles qui s'y ennuient ? El M** Guyon, de son côté, avec ses quarante-huit ans et ses infirmités nombreuses, ne sautait-elle pas, comme elle le remarque, assez mal ? Laissons ces fables ; nous avons le certificat, les lettres des Visitandines ; nous avons aussi cette simple et décisive parole que Bossuet lui-même écrivit plus tard : « Après ses soumissions, elle était libre (2). »
(i) Lettre de Bossuet à M"» Guyon, 16 juillet Î695. (Œttvres com^ pif 'tes de Bossuet, t. XXVÎlî, p. 6*9.)
(2) Relation sur le quiétisme^ éd. orig., p. 82.