‹ Madame GuyonChapitre 112 sur 156 · CHAPITRE XIII.. - FÉNELON ET BOSSUET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII.. - FÉNELON ET BOSSUET

le cœur, je Toserai dire, plus a ses genoux que lui aux miens (1). »

Les grâces et la gaîté étaient revenus avec les beaux jours. Fénelon, a peine arrivé dans son diocèse, écrivait a M"*® de Maintenon cette lettre charmante sur les usages des couvents dans le diocèse de Cambrai :

« Quand j'arrive dans un couvent, la supérieure vient au (levant de moi, pour me recevoir dans la rue. On reçoit tous les étrangers dans des parloirs extérieurs, sans grilles, ni clôtures. Pour moi, en arrivant, on me mène à Téglise, au chœur, au cloître, au dortoir, enfin au réfectoire, avec toute ma compagnie. Alors la supérieure me présente un verre ; nous buvons ensemble, elle et moi, k la santé Tun de Tautre. La communauté m'attaque aussi ; mon grand vicaire et mon clergé viennent a mon secours : tout cela se fait avec une simplicité qui vous réjouirait. Malgré cette liberté grossière, ces bonnes filles vivent dans la plus aimable innocence... On ne raffine point, ici, en piété, non plus qu'en autre chose ; la vertu est grossière, comme l'extérieur ; mais le fond est excellent. Dans la médiocrité flamande, on est moins bon et moins mauvais qu'en France ; le vice et la vertu ne vont pas si loin ; mais le commun des hommes et des filles de communauté est plus droit et plus innocent (1). »

M*»® de Maintenon communiqua ce fragment aux dames de Saint-Cyr, et en même temps, elle leur écrivait : « Ce n'est pas assez de faire des exhortations a nos

(1) Bossu ET, Relation, p. 45.

(2) Lettre de Fénelon à M»* de Maintenon, septembre 1696.

filles ; il faut leur donner des exemples de perfection. En voici un que j'ai trouvé dans un auteur qui ne leur est ni suspect, ni désagréable. >

Ces bons sentiments ne devaient pas durer : l*emprisonnement de M"« Guyon changea tout. L'archevêque de Cambrai fut profondément affligé k cette nouvelle. Il comprit qu'on ne frappait M«» Guyon que pour atteindre au-delà, et que derrière le quiétisme il y avait une intrigue de cour.

Le temps était passé des grandes victoires, des fêtes et des folles amours. Le roi avait vieilli ; autour de lui tout sentait la vieillesse. Cette cour de France, naguère si brillante et si vive, elle était morne k présent, ennuyée, dévote, hypocrite et gourmande. « Je succombe k la tristesse de n'entendre rien de raisonnable, écrit M"* de Maintenon k Tarchevêque ; le chapitre des pois (1) dure toujours ; Timpatience d*en manger, le plaisir d'en avoir mangé, et la joie d'en manger encore, sont les trois points que nos princes traitent depuis quelques jours. Il y a des dames qui, après avoir soupe chez le roi, et bien soupe, trouvent des pois chez elles, pour en manger avant de se coucher, au risque d'une indigestion. C'est une mode, une fureur, et l'une suit l'autre. Vous avez d'étranges brebis. Monseigneur (2). »

Le roi, du reste, donnait l'exemple. « Le roi a été un peu incommodé ces deux derniers jours d'avoir trop mangé. Il y a bien des ragoûts nouveaux, et la gourman-

(i) C'était répoque où Ton commença à manger des petits poiSi (â) Lettre du 28 mai iG96.

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