CHAPITRE XIII. — F^NELON ET BOSSUET
par le sommeil , et qui n'a pas besoin d'être renouvelé, parce que, une fois fait, tant qu'il n'est pas révoqué, il persiste. La perpétuité des actes est souvent affirmée dans le Moyen court.
Il est vrai, dit Bossuet, d'après saint Augustin et saint Thomas, que la vie des bienheureux esprits n'est « qu'un acte continué de contemplation et d'amour; » mais vouloir faire consister dans cet acte la perfection de la vie présente, « c'est de la terre faire le ciel et de l'exil la patrie. »
La raison, du reste, et l'expérience nous montrent assez qu'en cette vie tout acte est nécessairement passager, et qu'il s'éteint au milieu des occupations et des distractions sans nombre auxquelles nous sommes assujettis, si l'on n'a soin de le faire revivre (1). « C'est pourquoi on ne prescrit rien tant au chrétien que le renouvellement des actes intérieurs. »
Quant à la comparaison que les quiétistes font d'un anneau qui, une fois donné, ne se reprend plus, on voit combien elle est futile : on ne se dessaisit point du libre arbitre, et Dieu qui nous l'a donné, ne veut pas nous le ravir.
II. Suppression des actes de foi. — Il n'y a, pour les prétendus parfaits, qu'un seul acte perpétuel et universel. Cet acte, c'est la contemplation, la vue de Dieu, considéré en lui-même, sans distinction de personnes, sans attributs, sans aucune action distincte, selon son
(1) V. les idées conformes de Leibniz, dans sa correspondance avec Nicaise. (Cousin, Frag, phil.y 3* édit., t. II, p. 306.)
essence. De sorte, dit Bossuet, qu'un vrai adorateur de Dieu devrait suivre les notions les plus approchées de celles des mahométans et des juifs ou, si l'on veut, des déistes.
Les nouveaux contemplatifs ne veulent s'attacher qu'k l'essence divine; mais qu'est-ce que cette essence? Qui la connaît en cette vie? Qui peut s'y vanter d'y connaître certainement l'essence d'une chose créée, de quelque nature qu'elle soit ? Combien plus l'essence divine est-elle au-dessus de nos conceptions !
Mais on ne peut point partager Dieu ! c Que ces raffinements sont grossiers! Ils ne songent plus que Dieu n'est pas saint, ni sage, ni puissant comme le sont les créatures, par des dons particuliers , mais qu'étant tout par lui-même et par sa propre substance, toute l'infinité de ce premier être se voit dans chacune de ses perfections. Ce n'est donc pas les partager que de les considérer par des vues distinctes ; c'est, au contraire, les réunir, et seulement aider la faiblesse humaine, qui ne peut pas tout porter a la fois (1). i»
Bossuet ne vent rien exagérer. Il se peut faire qu'à certains moments, Tâme contemple Dieu comme Dieu, sans penser ni h la sainte humanité de Jésus-Christ, ni aux personnes divines, ni h aucun attribut particulier ; « ce qu'on réprouve dans les mystiques de nos jours, c'est rexclusion permanente et par état de ces objets divins dans la parfaite contemplation (2). » Or l'acte de contemplation étant, selon les quiétistes, continu et per-
(1) États d'oraison, liv. ii, cbap. xxiii.
(2) Kl((ts (i'ornisnn, liv. ii. c\v\p. xxvr.