CHAPITRE XII/. - FÉNELON ET BOSSUET
pctuel, on se trouve par Ik forcément amené k la suppression des actes de foi explicite commandés par TÉvan-
III. Suppression des demandes. — De tous les égarements des nouveaux mystiques, le plus incompréhensible est un désintéressement outré, qui rend Fâme indifférente k tout, même au salut éternel. De Ik la suppression des désirs et, par suite, celle des demandes. Nulle part cette doctrine n*est plus outrée que dans le Moyen œurt,
<r Jésus-Christ, dit ironiquement Bossuet, aura ignoré ce mystère. » S'il fallait suprimer les demandes, « pourquoi Jésus-Christ ne les a-t-il pas supprimées, et d où vient qu il nous a donné TOraison dominicale telle qu'elle est ? Qui pourrait souffrir des chrétiens qui disputent contre Jésus-Christ, et qui viennent réformer une prière qui, dans sa simplicité et dans sa grandeur, est une des merveilles du christianisme (1)? »
Mais les raisons qu'on allègue de cet état sont plus pernicieuses que la chose même. Il y en a deux : Tune,, c'est la plénitude de jouissance, qui empêche tous les désirs ; l'autre, c'est le parfait désintéressement, qu empêche de rien demander. Il y a une telle disproportion entre la plénitude qu'on peut concevoir en cette vie et celle de la vie future, qu'il reste toujours, ici-bas, de quoi espérer, de quoi désirer, de quoi demander jusqu'k l'iniini.
(1) États d'oraison, liv. n, chap. ni. Cf. liv. X, chap. vit, et les articles d'Issy, 9, 10, il.
Quant k la seconde raison, Bossuet convient qu'elle s'appuie sur une opinion de Técole, « qui met Tessence de la charité a aimer Dieu sans retour sur soi, sans attention il son éternelle béatitude. » C'est la doctrine de Vaniour pur^ (|ue Bossuet ne partage pas; il se propose de la discuter dans le traité suivant, qui n'a pas été fait. « Mais, en attendant, je dirai avec assurance que désirer son salut comme l'accomplissement de la volonté de Dieu, comme une chose qu'il veut, et qu'il veut que nous voulions, et enfin comme le comble de sa gloire et la plus parfaite manifestation de sa grandeur, c'est constamment, de l'avis de tout le monde, un acte de charité. »
Cette question de Yamour pur, que Bossuet réserve, va devenir le fond de sa controverse avec Fénelon.
« C'en serait assez pour convaincre Terreur, ajoutet-il; mais pour en connaître toute l'étendue, il faut développer un peu davantage ce que l'on entend dans le quiétisme par se œn former à la volo^Uc de Dieu: c'est, en un mot, être indiflerent a être sauvé ou damné, ce qui emporte une entière indifférence à être en grâce ou a n'y être pas, agréable a Dieu ou haï de lui, avoir pour lui d(î l'amour ou en être privé dans le temps et dans l'éternité (J). »
Il y a, dit Bossuel, deux volontés en Dieu : la volonté de bon plaisir et la volonté signifiée. Il décide des événements par la première; par l'autre, il nous commande ce qu'il veut de nous. « Cette dernière est la règle de
(1) États doraifiotty liv. m, diap. xiv. Cf. liv. m, chap. x, et liv. x, chap. xvin, sur VAhatuioïi cfirriltm. Art. d'Issy, "Ib et 2G.