‹ Madame GuyonChapitre 120 sur 156 · CHAPITRE XIII. - FÉNELON ET BOSSUET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. - FÉNELON ET BOSSUET

toute notre vie, et il y a des occasions où nous ne pouvons ni ne devons regarder Tautre. »

IV. Suppression des actes réfléchis, — La nouvelle spiritualité rejette, d'une manière générale, la réflexion, comme incompatible avec Tétat des parfaits ; elle n'est que pour les commençants. Cette doctrine se rencontre k tout moment dans M'"*' Guyoa, aussi bien que dans Malaval et dans Molinos.

« J'avoue bien, dit Bossuet, qu'en général la réflexion est une imperfection de notre nature humaine, puisqu'on ne la retrouve point, je ne dirai pas dans la divinité, mais dans les sublimes opérations de la nature angélique, ou des esprits bienheureux. Mais, dans l'état où nous sommes, c'est une force de l'âme. De la faiblesse de nos vues vient celle de nos résolutions. En cet état. Dieu a voulu mettre dans l'esprit humain la force, pour ainsi parler, de redoubler ses actes par la réflexion, pour donner de la fermeté à ses mouvements directs... C'est pourquoi la réflexion est appelée Vosil de rame. Tant . que le jugement peut vaciller et que la volonté est muable, la réflexion est nécessaire (1). »

Mais tout n'est pas réflexion en nous ; il y a des actes qui s'accomplissent sans laisser de traces, ou qui ne laissent que des traces légères, qui s'eflacent comme d'elles-mêmes, ainsi qu'un flot qui se dissout au milieu de l'eau. Les nouveaux mystiques décident hardiment que les actes non aperçus, ou aperçus confusément, sont les plus parfaits, et des âmes les plus parfaites. « Au

(i) États d'oraisant liv. v, chap. v.

contraire, régulièrement parlant, comme un pëché commis avec réflexion a plus de malice, il semble anssi qu'un acte vertueux produit avec réflexion, et une connaissance plus expresse, ait plus de bonté (1). »

Cependant, n'y a-t-il pas une sorte de réflexion qa*tl faille s'interdire? Oui; saint François de Sales a dit : « Si vous voulez regarder Dieu, regardez-le donc ; si vous réfléchissez et si vous détournez vos yeux sur vousmêmes, pour voir la contenance que vous tenez en le regardant, ce n*est pas lui que vous regardez, mais votre maintien. » Il est donc vrai qu'il y a une sorte de réflexion condamnable : c'est celle qui nait de Tamourpropre, qui fait que l'on se considère avec complaisance et qu'on se mire, pour ainsi dire, dans sa propre beauté ; mais quand on réfléchit sur ses fautes, sur ses faiblesses et sur leurs causes, sur la bonté de Dieu, sur la nécessité d'implorer son secours, « Toraison, avec ses réflexions et ses actions de grâces, est un encens brftlé devant Dieu, qui monte tout entier vers le ciel (2). »

Bossuet, k la fin du cinquième livre de son ouvrage, résume les erreurs du quiélisme dans le principe « de ne vouloir rien, de ne réfléchir sur rien, et de supprimer tonte activité, tout eflbrt, c'est-k-dire toute action expresse et délibérée du libre arbitre. » Il s'est appliqué, jusque-lk, k réfuter les nouveaux contemplatifs par des raisons philosophiques, par des raisons théologiques, et par le bon sens ; dans le sixième, il oppose k toutes ces

(1) États cToraison, liv. v, chap. xvi. (2> États fl'nraison, liv. v, chap. ix.

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