‹ Madame GuyonChapitre 12 sur 156 · LA JEUNE FEMME · texte numérisé non relu

LA JEUNE FEMME

Au lendemain des noces. — L'intérieur du ménage. — La belle-mère. — Le mari. -- Sombre tristesse. — Tentations. — L'amour de Dieu prédomine. — Les petits défauts dt M™* Guyon. — Son indifférence pour les biens de la fortune. — M. Guyon à Paris. — M">* Guyon chez M** de Longueville. — Sa maladie. — Mort de M** de La Motte.

Le lendemain des noces, quand les amis de la famille vinrent féliciter la jeune femme, ils la trouvèrent tout en pleurs : « J'avais, leur disait-elle, tant désijié, autrefois, d'être religieuse ! » Ainsi, au lieu d'éteindre ou de chasser des souvenirs affaiblis, qui ne demandaient qu'à disparaître, M. Guyon n'avait réussi qu'à les raviver. Il était arrivé, après bien des efforts, k obtenir la main de M"*" de La Motte. Il avait sa foi : elle lui sera ûdèle ; il n'avait pas son cœur, il ne l'aura jamais.

Dès les premiers jours, les diflicultés se montrèrent : < Je ne fus pas plus tôt chez mon nouvel époux, que je connus bien que ce serait pour moi une maison de douleurs. » On risque de ne rencontrer pas le bonheur, avec cette prédisposition k se trouver malheureuse;

mais quelle expérience de la vie est-il juste d^attendre d'une jeune femme qui n'avait pas encore ocize ans ?

C'est dans son amour-propre qu'elle avait souffert, quand elle sut k quelle famille elle allait être unie; son amour-propre fut cruellement blessé, lorsqu'elle vit les choses de plus près.

M. de La Motte menait un genre de vie conforme à son rang et k sa fortune (1). Partout régnait chez lui l'abondance et le bon goût ; sa table était animée par ces libres entretiens de famille, où Jeanne déployait avec aisance la gentillesse et la vivacité de son esprit. Son père prenait plaisir k la faire parler, et chaque fois qu'un mot heureux s'échappait de ses lèvres, il ne manquait pas de le relever et d'y applaudir. M"* de La Motte s'était aisément accoutumée k cette vie large, libre et douce, où tout semblait sourire k ses goût délicats et k sa vanité naissante. Quelle différence chez M. Guyon ! Il habitait, dans un quartier retiré, une maison modeste (2) ; sa mère, qui gouvernait tout, était d'une économie qui ressemblait k l'avarice ; lui-même, avec du bon sens, et l'esprit qu'il faut pour administrer une fortune, était rude et lourd, sans aucune distinction dans ses manières ni dans ses propos. La jeune femme, du matin au soir, comparait les deux familles, et se sentait profondément humiliée, en mesurant la hauteur d'où on l'avait fait déchoir.

(1) Il possédait dans la grande rue de Loing une vaste maison à deux corps de logis séparés par une cour. Cest là qu'il reçut la reine d'An» gleterre, et qu'il donna plus tard l'hospitalité à la mère et à la fiUe de Fouquet. (Archives du Loiret, A, 343, p. 317, et A, 360, p. 69.)

(2) Cette maison était située rue du Four-Dieu. On peut en voir la description, archives du Loiret, A, 349, p. 132.

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