‹ Madame GuyonChapitre 121 sur 156 · CHAPITRE XIII. - FÉNELON ET BOSSUÈT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. - FÉNELON ET BOSSUÈT

nouveautés Tensemblc imposant des traditions de TÉglise. « C'est une chose fort étonnante, dit-il, que TÉglise ne fasse pas une seule prière, je le dis encore un coup, pas une seule, sans demande, en sorte que la demande soit, pour ainsi dire, le fond de toutes ses oraisons, et qu'il y ait de ses enfants qui fassent profession de ne plus rien demander.

« La conclusion solennelle de toutes les oraisons de rÉglise par Jésus-Christ et en Tunité du Saint-Esprit fait voir la nécessité de la foi expresse en la Trinité, en rincarnation et en la médiation du Fils de Dieu. Ce ne sont point ici des actes confus et indistincts envers les personnes divines, ou même envers les attributs divins; on trouve partout la toute-puissance, la miséricorde, la sagesse, la providence très-distinctement exprimées (1). »

Bossuet montre de même par la tradition que la contemplation ne peut être perpétuelle, que la doctrine des nouveaux mystiques contre le renouvellement des actes est contraire a la pratique des anciens solitaires et des pieux contemplatifs ; que ce n'est point par des actes inaperçus, mais par des actes délibérés, par TciTort, que Toa marche h la perfection, que Ton peut se maintenir. C'est ainsi que Cassien nous montre les plus parfaits en cette vie « comme gens qui remontant une rivière en combattent le courant par de continuels efforts de rames et de bras : d'où il conclut que pour peu qu'on cesse d'avancer, on est entraîné; ce qui oblige, dit-il, à une sollicitude qui ne se relâche jamais. »

(1) États d'oraisov, liv. vi, chap. i«f.

Telle est, dans son ensemble et dans ses traits principaux, la première partie de l'important ouvrage de Bossuet. Après avoir exposé et réfuté les principes du quiétisme, il passe k la recherche des causes, et il eh signale trois : Tabus des oraisons extraordinaires, Tabus de l'autorité des saints contemplatifs et Tabus des expériences.

I. Abus des oraisons extraordinaires. — U y a plusieurs oraisons extraordinaires ; celle dont on abuse le plus est celle qu'on nomme oraison passive, oraison de quiétude ou contemplation. L'oraison passive n'est ni l'extase, ni le ravissement, ni l'inspiration, ni l'cutrainement prophétique. Elle consiste dans la suppression de tout raisonnement, de tout effort. L'âme, dans cet état, n'agit point par sa propre industrie, mais par une impression divine ; elle est souple et pliante sous la main de Dieu, qui la meut avec une douce et heureuse facilité. <r Cette âme, dit saint François de Sales, qui s'est embarquée dans la nef de la providence de Dieu, par l'oraison de quiétude, se laisse aller et vogue doucement comme une personne qui, dormant dans un vaisseau, sur une mer tranquille, ne laisse pas d'avancer. >

Ainsi, la contemplation, selon les saints mystiques, est un acte de Dion plutôt que de l'homme, et plutôt infus qu'exécuté par le propre effort de l'esprit. Où donc est la différence de cotte doctrine avec le quiétisme? La voici. Les vrais mysti(|ues limitent cet acte au temps de Toraison; les faux mystiques retondent a tout l'état. Hors le temps de la contemplation actuelle, il faut recourir k la méditation, a la réflexion, aux demandes, et a tous les moyens ordinaires.

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