‹ Madame GuyonChapitre 122 sur 156 · CHAPITRE Xllï. - FKNELON ET BOSSUET. d'ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xllï. - FKNELON ET BOSSUET. d'ô

La conlemplatioli actuelle ne peut pas être de longue (Jurée. Mais elle produit un effet qui dure après elle ; elle tient 1 ame perpétuellement mieux disposée a se recueillir en Dieu, et lui en donne l'inclination avec la facilité. Cette disposition est ce qu'on appelle un élat d'oraison. Être dans loraison passive par état, c'est y être par habitude, par inclination, par facilité, et non par un exercice actuel et perpétuel (1).

Cette distinction renverse les fondements de la nouvelle spiritualité.

Une autre erreur des nouveaux mystiques, c'est de considérer Toraison passive, Tétat passif comme le comble de la perfection ; c'est de regarder l'oraison de quiétude comme très-commune et absolument nécessaire. Or l'oraison passive est si peu le comble de la perfection que, comme elle consiste principalement dans quelque chose que Dieu fait en nous, sans nous, il n'y a, ni ne peut y avoir de mérite. Elle est si peu nécessaire et si peu commune, que les plus grands saints de l'antiquité ne l'ont point connue. « Quoi ! s'écrie Bossuet, un saint Grégoire de Nazianze, un saint Augustin, les Cyprien, les Chrysostôme, les Ambroise, les Bernard seraient les plus imparfaits de tous les saints, et des femmelettes les surpasseraient en amour, et par conséquent en sainteté et en gloire ! »

II. Abus de V autorité des saints mystiques. — Il ne faut pas tout prendre a la lettre dans les écrits des saints ; il ne faut pas s'arrêter aux expressions dont ils se ser-

(t) États d'oraison, Uv. vu; liy. x, chap. xiv et xxiii; Hv. v, cliap. XIII. Art. d'Issy, 19 à 28. '

veiU, ni même a quelques-unes de leurs conceptions, lis ne se sont pas toujours exprimés très-rigoureusement, dans des matières très-délicates, k une époque surtout où ils ne pouvaient pas prévoir Tabus que l'on ferait de leurs paroles. Il faut donc aller au fond de leur pensée ; c'est par Tensemble et la comparaison que Ton . peut être sûr de les bien comprendre. On verra alors que chez eux Tétat passif se borne au temps fort limité de Foraison. Hors de là, ils sont rendus a eux-mêmes ; on ne trouve point chez eux la suppression des actes de foi, ni celle des demandes; on y peut voir une grande indifférence pour les événements et les accidents de la vie, jamais a Tégard du salut étemel. M'"^ de Chantai dit « qu'il ne faut jamais regarder le ciel sans l'espérer ; > et saint François de Sales lui écrivait : « Oui, ma chère iille, il le faut espérer, assurément, que nous vivrons éternellement ; et Notre Seigneur, que ferait-il de sa vie éternelle, s'il n'en donnait part aux pauvres petites âmes (1)? »

III. Abm des expériences. — L'indifférence a legard du salut, que les nouveaux mystiques prétendent éprouver, est absolument impossible. Il y a bien dans saint François de Sales et dans d'autres mystiques des paroles comme celles-ci : « Le bon plaisir de Dieu est le souverain objet de rame indifférente, en sorte qu'elle aimerait mieux Tenfer avec la volonté de Dieu, que le paradis sans la volonté de Dieu (2). » Qu'est-ce a dire? Que l'on serait indifférent, si le bon plaisir de Dieu ne détermi-

(1) États dWaisoti, liv. viii, chap. xxxvii. Ci) Traite de l'amour de Dl '\i, liv. x, chap. iv.

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